Le Royaume-Uni et le Japon envisagent de conclure un ...

Défense de la Chine contre l’impérialisme et la contre-révolution ! Hystérie chauvine contre l’acier chinois

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Le Bolchévik nº 218 Décembre 2016
L’article ci-dessous est traduit de Workers Vanguard, le journal de la Spartacist League/U.S. (n° 1098, 21 octobre).
Alors que les menaces de licenciements et de fermetures d’usines se multiplient dans la sidérurgie au niveau international, une campagne chauvine hystérique contre les importations d’acier chinois est attisée par les gouvernements, les médias, les patrons de la sidérurgie et les responsables syndicaux aux Etats-Unis et en Europe. Les candidats à la présidentielle américaine, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton (et précédemment Bernie Sanders), poussent à une guerre commerciale anti-chinoise, avec la sidérurgie en première ligne. En mai dernier, l’administration Obama a imposé des droits de douane astronomiques de plus de 500 % sur les importations chinoises d’acier laminé à froid (utilisé pour les carrosseries de voiture, l’électroménager et le bâtiment) et de 451 % sur l’acier inoxydable chinois. Peu après, la commission américaine du commerce international acceptait d’étudier la demande de la société U.S Steel d’interdire totalement les importations d’acier chinois, avec une décision attendue en début de mandat du prochain président.
Alliés dans cette affaire au patronat de la sidérurgie, les dirigeants traîtres des syndicats agitent depuis longtemps le drapeau du protectionnisme sous le mot d’ordre « l’Amérique d’abord ». Sous cette bannière, ces vendus ont continuellement laissé détruire des acquis qui avaient été arrachés par des luttes acharnées de la classe ouvrière – noire, blanche ou immigrée. Leo Gerard, le président international de l’United Steelworkers Union (USW), appelait au printemps dernier Washington à « interdire » l’acier chinois. En même temps, les pontes de l’USW signaient avec les principales compagnies sidérurgiques de nouveaux accords d’entreprises incluant des gels de salaires, des coupes sombres dans les retraites et la couverture médicale et un engagement du syndicat à ne pas faire grève alors même que des usines fermaient et que des centaines d’ouvriers étaient licenciés.
En Europe plusieurs syndicats ont participé, le 15 février 2016 à Bruxelles, à un rassemblement de quelque 5 000 personnes à l’appel de la fédération patronale européenne de l’acier Eurofer pour exiger de l’Union européenne (UE) qu’elle édicte elle aussi des mesures protectionnistes. Le 11 avril, le syndicat allemand IG Metall et le patronat allemand de l’acier ont agi de concert pour mobiliser des dizaines de milliers de sidérurgistes lors de semblables manifestations chauvines et anti-chinoises.
Les propriétaires capitalistes des géants de l’acier comme ArcelorMittal, U.S. Steel, Nucor, Thyssen Krupp, Nippon Steel, Tata Steel, Posco, etc., ont extorqué depuis des décennies d’énormes profits aux ouvriers aux dépens des emplois, des salaires et des retraites. Pour y parvenir, ils ont cassé les grèves et utilisé l’arme du lock-out contre les ouvriers.
Tout comme la bureaucratie syndicale américaine a laissé les syndicats se réduire comme peau de chagrin aux Etats-Unis, ses homologues européens ont saboté la lutte contre l’austérité. Il est indécent que les chefs de syndicats aussi puissants potentiellement que l’USW, l’IG Metall, UNITE et GMB en Grande-Bretagne ou les confédérations syndicales françaises (CGT, CFDT, FO) fassent cause commune avec l’ennemi de classe pour exiger que l’Etat capitaliste prenne des mesures économiques contre la Chine. Dans l’économie mondiale créée par le capitalisme, le prolétariat est une classe internationale. Ce qu’il nous faut, c’est l’unité des travailleurs contre les capitalistes au sein de chaque pays comme au niveau international.
Les bureaucrates syndicaux qui appellent à une guerre commerciale réactionnaire contre la Chine disent vouloir protéger les emplois et les salaires des travailleurs contre la « concurrence déloyale » et le « dumping ». Le chauvinisme des bureaucrates dans ce pays, soi-disant pour « sauver les emplois américains », accrédite le mensonge selon lequel les travailleurs aux Etats-Unis partageraient un « intérêt national » commun avec leurs exploiteurs. Une telle collaboration de classes sape toute perspective de mener la lutte de classe qui est nécessaire pour préserver et accroître les emplois, les salaires, les retraites et la couverture médicale. En faisant porter aux travailleurs des autres pays la responsabilité des suppressions d’emplois aux Etats-Unis, le protectionnisme contribue aussi à alimenter le chauvinisme contre les travailleurs asiatiques et latino-américains aux Etats-Unis mêmes et à ruiner la possibilité d’une solidarité ouvrière internationale.
Ce que les maîtres de forges « protègent » avant tout, c’est leur taux de profit monopoliste. La campagne anti-chinoise des impérialistes a également un but politique plus large. Tout d’abord, elle vise à faire de la Chine le bouc émissaire de la stagnation et du déclin de l’économie capitaliste mondiale. Nous avons démenti ces assertions dans notre article « La Chine et l’économie mondiale : le mythe et la réalité » (le Bolchévik n° 214, décembre 2015).
La guerre commerciale qui s’intensifie contre la Chine n’est qu’une partie d’une offensive plus globale, centrée sur la pression militaire combinée avec la pénétration économique capitaliste, dont le but ultime est de restaurer le capitalisme en Chine et de rouvrir ce pays à une exploitation impérialiste sans entraves. La Révolution chinoise de 1949, qui était basée sur la paysannerie, a renversé le pouvoir des capitalistes et des propriétaires terriens et elle a conduit à la mise en place des fondements économiques du pouvoir ouvrier : propriété collectivisée des forces productives et planification économique. Toutefois, l’Etat ouvrier qui en a résulté était déformé dès sa naissance par le pouvoir d’une caste bureaucratique parasitaire qui avait exclu la classe ouvrière du pouvoir politique. Malgré cela, l’économie collectivisée a permis de libérer la Chine de la domination impérialiste, de faire sortir de la pauvreté des centaines de millions de personnes, de réaliser l’alphabétisation de masse et d’ouvrir des opportunités sans précédent aux femmes chinoises qui, avant la révolution, étaient à peine considérées comme des êtres humains.
La démocratie prolétarienne est essentielle pour faire fonctionner de façon rationnelle une économie collectivisée. Mais ceci est incompatible avec le régime bureaucratique des staliniens chinois. Au lieu de cela, les staliniens de Pékin cherchent depuis plusieurs décennies à corriger le gaspillage et l’inefficacité de la planification centrale bureaucratique par la discipline du marché. En encourageant la croissance d’une classe capitaliste domestique et en comptant sur les investissements capitalistes étrangers, les « réformes » de marché accroissent grandement la menace de contre-révolution interne. En même temps qu’elles apportent une expansion économique qui a amélioré le niveau de vie d’une grande partie de la population, les réformes de marché conduisent aussi à un énorme accroissement des inégalités sociales. Néanmoins, le noyau central de l’économie chinoise demeure collectivisé.
Tout comme les ouvriers dans les pays capitalistes doivent défendre leurs syndicats contre les patrons malgré la direction syndicale corrompue en place aujourd’hui, ils doivent défendre l’Etat ouvrier chinois contre la contre-révolution capitaliste malgré la bureaucratie stalinienne au pouvoir. Les bureaucrates syndicaux aux Etats-Unis sont dévoués au système capitaliste de profit et ils enchaînent politiquement les travailleurs à l’ennemi de classe en prêtant allégeance au Parti démocrate. Ils doivent être éjectés de leurs postes à la tête des syndicats au moyen d’une bataille politique, et remplacés par une direction lutte de classe déterminée à renverser l’ordre capitaliste. En Chine, la caste bureaucratique doit être chassée par une révolution politique prolétarienne pour préserver et étendre les formes de propriété ouvrières créées par la Révolution de 1949.
L’acier : mensonges et réalités
La production d’acier est essentielle à une économie industrielle moderne, et elle est critique pour la défense militaire. La Chine a le droit de protéger son industrie de la concurrence capitaliste et d’exporter l’acier sur le marché mondial, même à un prix inférieur au coût de production. Quand les impérialistes exigent de la Chine qu’elle renonce aux « subventions étatiques » dans la sidérurgie, cela revient en fait à exiger sa privatisation complète, c’est-à-dire le renversement des formes de propriété collectivisées.
Ceux qui jettent l’anathème sur la Chine dénoncent les flots d’acier qui seraient déversés par les usines chinoises pour « inonder » le marché mondial, tirer les prix vers le bas et contraindre les autres producteurs à fermer boutique. Le Wall Street Journal (25 avril) évoque un « flot d’acier chinois qui pèse sur l’industrie américaine », tandis que Dave Hulse, responsable national du syndicat britannique GMB, déclare que « ce dumping doit cesser, sinon les emplois dans la sidérurgie du Royaume-Uni vont simplement fondre comme neige au soleil ». La Chine est rendue responsable de « Pourquoi le monde a trop d’acier », selon la formule de l’Economist de Londres (4 mai).
En fait, le monde a besoin de beaucoup plus d’acier, comme on peut le voir en jetant un coup d’œil au délabrement des infrastructures aux Etats-Unis ou au sous-développement économique imposé au monde néocolonial. Il n’y a « surproduction » d’acier sur le marché mondial que par rapport à la stagnation et au déclin des économies capitalistes suite à la crise financière mondiale de 2008.
Cet effondrement et la récession qui a suivi étaient le résultat du système de profit capitaliste anarchique, tout comme les licenciements et les fermetures d’usine aujourd’hui dans la sidérurgie. Mesurée par ce que l’on appelle l’utilisation réelle d’acier, la consommation d’acier aux Etats-Unis a diminué de 3 % entre 2007 et 2014. Elle a chuté de 11 % au Japon et de carrément 30 % dans l’UE. Comme l’expliquait en avril dernier un porte-parole du Ministère chinois du Commerce : « L’acier est la nourriture de l’industrie, la nourriture du développement économique. Aujourd’hui, le problème majeur est que les pays qui ont besoin de nourriture n’ont pas beaucoup d’appétit, et donc cela donne l’impression qu’il y a trop de nourriture. »
Pendant cette même période, l’utilisation réelle d’acier en Chine a augmenté de 175 % avec le lancement par Pékin d’un ambitieux programme de développement des infrastructures. Aujourd’hui, la Chine produit environ la moitié de l’acier mondial, contre 15 % en 2000. Le taux de croissance annuel de l’économie chinoise est aujourd’hui supérieur à 6 %, alors que les pays capitalistes avancés peinent à faire mieux que 2 % et restent constamment sous la menace d’une crise et d’une récession. En réponse aux pressions du secrétaire au Commerce des Etats-Unis pour que la Chine réduise drastiquement ses capacités de production d’acier, le ministre chinois des Finances Lou Jiwei faisait remarquer lors d’une conférence de presse le 6 juin que l’excédent de capacité de la Chine est le résultat des investissements dans les infrastructures pendant la crise économique mondiale de 2009-2011 ; dans cette période, la Chine a contribué pour plus de la moitié de la croissance économique mondiale. Il ajoutait : « A cette époque, le monde entier applaudissait la Chine et remerciait la Chine, mais maintenant ils disent que la capacité de production excédentaire de la Chine asphyxie le monde. Que disaient-ils à ce moment-là ? » (cctvplus.tv).
Jusqu’à une période récente, l’acier produit en Chine était utilisé presque totalement en Chine même. Pékin essaie ces dernières années de réorienter l’économie vers le marché de la consommation intérieure. Cela a entraîné une diminution des exportations et des projets d’infrastructure, ce qui s’est traduit par une moindre demande intérieure d’acier. Si la Chine était un pays capitaliste, la solution aurait été simple et brutale : des licenciements massifs d’ouvriers sidérurgistes. Mais même si le gouvernement chinois a annoncé des plans pour réduire la capacité de production d’acier et fermer des mines de charbon, il craint les protestations ouvrières et les grèves de masse que provoqueraient des licenciements massifs. Du coup, le gouvernement hésite à réduire la production trop précipitamment et il vend l’excédent d’acier sur le marché mondial. Les usines qualifiées de « zombies », essentiellement des entreprises d’Etat dans la sidérurgie et d’autres secteurs affectés par ce problème comme les cimenteries, continuent à payer leurs ouvriers et accumulent pertes et dettes – quelque chose d’inconcevable dans le monde capitaliste.
Ceux qui prônent des droits de douane « anti-dumping » prétendent souvent que les producteurs étrangers vendent en-dessous du coût de production – que cela soit ou non le cas. La base selon laquelle les impérialistes estiment le coût de production de l’acier chinois est ce qu’on appelle la « méthode de comparaison » : ils calculent le coût de production dans un pays ayant un revenu moyen similaire (comme la Pologne, la Thaïlande ou l’Afrique du Sud) et le déclarent simplement équivalent au coût chinois. Même un porte-voix de l’impérialisme comme le New York Times (3 mai) est bien obligé de reconnaître que « les pays comparables ont souvent des coûts plus élevés que la Chine, qui bénéficie d’économies d’échelle plus importantes ».
Du fait de son énorme volume de production, la Chine exporte aujourd’hui en une année à peu près autant d’acier qu’en produit le Japon, le deuxième producteur mondial. Toutefois, les exportations d’acier chinois ne représentent qu’environ 12 % de sa production totale. C’est une proportion substantiellement plus faible que celle du Japon et de la Corée du Sud (qui exportent chacun autour de 40 % de leur production) ou même du Brésil, de la Turquie et de la Russie.
La prétendue « inondation » des Etats-Unis et de l’Europe par l’acier chinois n’est en fait qu’un modeste filet d’eau. Le principal exportateur d’acier vers les Etats-Unis est le Canada (19 % du total), suivi du Brésil, de la Corée du Sud, du Mexique, de la Turquie et du Japon. La Chine représente moins de 3 % des importations d’acier aux Etats-Unis et moins de 1 % du marché total de l’acier dans ce pays. Quant à l’UE, si les importations d’acier chinois y sont plus importantes qu’aux Etats-Unis, elles ne représentent qu’environ 4 % de la demande totale. Pourtant, depuis août, l’UE a frappé plusieurs produits sidérurgiques chinois de droits de douane allant jusqu’à 73 %.
Il est particulièrement absurde de rendre les importations chinoises responsables du déclin de l’acier britannique. Lorsque la British Steel Corporation fut créée suite à la nationalisation de l’industrie par le gouvernement travailliste en 1967, elle employait 268 500 ouvriers. Deux ans après la nomination de Margaret Thatcher au poste de Premier Ministre en 1979, les effectifs avaient été drastiquement ramenés à seulement 88 200. Thatcher privatisa British Steel en 1988, et la chute des effectifs se poursuivit. La demande d’acier ayant baissé suite à l’austérité imposée par les gouvernements successifs, Tata Steel, qui détient ce qui reste de British Steel, a menacé de fermer la plupart de ses aciéries britanniques.
En Allemagne, l’emploi dans la sidérurgie a commencé à diminuer à partir des années 1980 et la productivité s’est améliorée, ce qui a conduit à une augmentation globale de la production. A l’Ouest, la région industrielle de la Ruhr a été dévastée par les fermetures d’usine et les restructurations. Ces pertes d’emplois se sont faites sans aucune lutte sérieuse de la part des dirigeants syndicaux traîtres. Lorsque l’Etat ouvrier déformé est-allemand a succombé face à la contre-révolution en 1990, les nouveaux maîtres capitalistes ont opéré des licenciements massifs et des fermetures d’usine également à l’Est. La Chine est loin d’être la cause des problèmes économiques de l’Allemagne. Bien au contraire, les exportations de produits en tous genres vers la Chine ont été un facteur substantiel de la réussite économique de l’Allemagne, comparée aux puissances capitalistes rivales. Etant donné que beaucoup de ses entreprises dépendent aussi de fournisseurs chinois, une partie importante de la bourgeoisie allemande – ainsi que la classe ouvrière – aurait beaucoup à perdre dans une guerre commerciale avec la Chine.
L’Asie se taille la part du lion dans les exportations d’acier chinois. C’est dans une large mesure le résultat de la politique du gouvernement chinois de construire des infrastructures dans la région dans le cadre de son projet « Une ceinture, une route ». La Chine, qui cherche à contrecarrer les efforts de l’impérialisme américain (et japonais) pour endiguer son influence, affirme qu’elle est prête à investir quatre mille milliards de dollars dans ce projet (également appelé « Nouvelle route de la soie ») qui comporte de multiples réseaux commerciaux connectant l’Asie et l’Europe de l’Ouest, notamment des pipelines, des chemins de fer et des autoroutes.
Dumping et capital monopoliste
La sidérurgie chinoise, comme l’économie chinoise dans son ensemble, fonctionne d’une façon fondamentalement différente du capitalisme. L’objectif principal de la production en Chine n’est pas de maximiser les profits ou d’accaparer une plus grande part du marché mondial. Les « pratiques commerciales déloyales » dont la Chine est accusée sont plutôt typiques des pratiques monopolistes des trusts et cartels qui dominent l’industrie dans les pays capitalistes. Les requins de l’industrie, comme le magnat américain de l’acier Andrew Carnegie, étaient passés maîtres dans des techniques comme vendre en dessous du coût de production dans le but de ruiner leurs concurrents – techniques qu’ils employaient en même temps qu’ils massacraient les ouvriers en grève. Les maîtres de forges d’aujourd’hui sont faits du même bois. Quand ils espèrent accaparer une part de marché plus grande en vendant bon marché à l’étranger, ils réclament « la liberté du commerce ». Quand ils font eux-mêmes face à des concurrents qui vendent à meilleur prix, ils demandent l’intervention de leur gouvernement pour que celui-ci leur redonne l’avantage à coups de barrières douanières et de subventions.
L’époque où prévalait la libre concurrence est révolue depuis au moins le début du XXe siècle, quand le capitalisme est entré dans sa phase de décadence impérialiste. Plusieurs décennies auparavant, Karl Marx avait montré que la libre concurrence donne naissance à la concentration de la production, qui à son tour, à un certain stade de développement, conduit au monopole. Une poignée d’entreprises géantes acquièrent la capacité de manipuler la production et les prix dans le but de maximiser les profits tout au long du cycle capitaliste où alternent phases de prospérité et récessions économiques. Dans son ouvrage de 1916 l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine a démontré qu’au début des années 1900, le capital financier monopoliste était devenu dominant dans les pays capitalistes les plus avancés.
Les grandes entreprises sont en concurrence les unes avec les autres pour dominer le marché. Celles qui ne résistent pas à la concurrence sont impitoyablement poussées vers la faillite. Comme le faisait remarquer Lénine, « le monopole s’ouvre un chemin partout et par tous les moyens, depuis le paiement d’une “modeste” indemnité jusqu’au “recours”, à la façon américaine, au dynamitage du concurrent ». C’est pareil aujourd’hui. En 2014, U.S. Steel, ArcelorMittal et d’autres sociétés ont été contraintes de négocier un accord de « plaider coupable » suite à une action judiciaire où elles étaient accusées de s’être entendues pour réduire la production afin de faire monter les prix, dans la plus pure tradition des requins de l’industrie.
Avec l’avènement de l’impérialisme, le capital financier se retrouve concentré entre les mains d’une poignée de banques géantes, qui exercent un immense pouvoir sur l’économie. Le capital financier mondial est dominé par les pays capitalistes les plus avancés, qui cherchent à contrôler les ressources naturelles, les marchés et les sources de main-d’œuvre bon marché dans le monde entier. C’est ce qui conduit au cycle sans fin des guerres néocoloniales ainsi qu’aux efforts constants pour restaurer le capitalisme en Chine et dans les autres Etats ouvriers déformés (Cuba, Laos, Corée du Nord et Vietnam). En dernier ressort, lorsque la concurrence économique entre puissances impérialistes ne peut plus être arbitrée par des voies pacifiques, le monde plonge dans la guerre inter-impérialiste, comme cela s’est produit par deux fois au cours du siècle dernier.
La sidérurgie est le meilleur exemple de capitalisme monopoliste impérialiste. Aux Etats-Unis, le géant United States Steel Corporation fut créé en 1901 avec le rachat de Carnegie Steel par le magnat de la banque J.P. Morgan ; c’était l’aboutissement des efforts pour créer un trust de l’acier couvrant l’ensemble du pays et intégrant l’ensemble du procès de production, des mines jusqu’au produit fini. A ses débuts, ce monopole produisait les deux tiers de l’acier américain. A cette époque, l’acier allemand était dominé par les empires Krupp et Thyssen, devenus depuis ThyssenKrupp. La sidérurgie japonaise était intégrée aux zaibatsu, des monopoles immenses parrainés par l’Etat, dont les descendants modernes sont appelés keiretsu. Une récente consolidation a réduit au nombre de trois les grands producteurs d’acier japonais ; le plus grand d’entre eux est Nippon Steel, troisième producteur mondial en 2015. ArcelorMittal, la plus grosse société sidérurgique au monde, est le résultat d’une série de fusions de sociétés opérant en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
Dans les années 1920, les Etats-Unis produisaient la moitié de l’acier mondial, et au lendemain du carnage de la Deuxième Guerre mondiale ils étaient devenus la puissance impérialiste dominante, avec une suprématie écrasante. Dans les années 1950, les rivaux vaincus de l’Amérique – l’Allemagne et le Japon – reconstruisirent leurs industries dévastées en utilisant les nouvelles technologies, plus productives, comme la coulée continue et le convertisseur à oxygène pur. Pendant ce temps, le cartel de l’U.S. Steel investissait peu dans la modernisation. Devenues non compétitives sur le marché mondial dans les années 1970, les plus grandes entreprises américaines n’étaient plus en mesure de générer suffisamment de profits pour satisfaire leurs investisseurs capitalistes. Les aciéries à l’abandon commencèrent à se multiplier dans le paysage de la « ceinture de la rouille » du Middle-West américain. Aujourd’hui, la part de l’acier mondial produit aux Etats-Unis est inférieure à 5 %.
Une bonne partie de la production d’acier américain a été transférée vers des mini-usines low-cost, plus petites et largement non syndiquées, qui utilisent des fours à arc électrique, plus efficaces, pour fabriquer de l’acier essentiellement à partir de ferraille. En 2005, l’industrie produisait autant d’acier qu’au début des années 1960, mais avec cinq fois moins de main-d’œuvre. Les immenses profits soutirés aux ouvriers allaient dans les poches des riches actionnaires capitalistes, pendant que les retraites étaient drastiquement réduites et que les salaires et les prestations sociales et de santé stagnaient ou diminuaient. De leur côté, les pontes du syndicat USW n’ont fait aucun effort sérieux pour syndiquer les usines non syndiquées. Aujourd’hui, après plusieurs crises économiques, la sidérurgie s’est à nouveau concentrée suite à une série de faillites et de fusions. Les cinq plus grandes entreprises – dont la principale est Nucor, un opérateur de mini-usines viscéralement anti-syndicats – représentent aujourd’hui plus des deux tiers de la production américaine d’acier.
La destruction des salaires et des conditions de vie des ouvriers sidérurgistes prend ses racines dans le système capitaliste de production pour le profit. Face à la paupérisation continuelle du prolétariat, la puissance du mouvement ouvrier doit être mobilisée pour un combat lutte de classe autour d’une série de revendications transitoires qui remettront en cause les droits de propriété des capitalistes. Parmi ces revendications figurent l’échelle mobile des salaires et des heures de travail – la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire pour mettre fin aux licenciements ; un programme massif de travaux publics pour restaurer et étendre les infrastructures aujourd’hui délabrées et donner du travail à tous, avec des salaires au tarif syndical ; et là où c’est nécessaire des formations-reconversions pour les ouvriers avec salaire à taux plein payé par les capitalistes. Pour mener ce combat, la classe ouvrière aura besoin d’arracher l’industrie et les transports des mains des capitalistes et de mettre en place un gouvernement ouvrier qui reconstruira la société sur la base d’une économie socialiste planifiée.
Pour l’internationalisme prolétarien !
La sidérurgie chinoise comprend à la fois de gigantesques entreprises d’Etat avancées, contrôlées par le gouvernement central, et une pléthore de petites aciéries dispersées et utilisant généralement des technologies moins avancées, qui appartiennent au secteur privé ou aux autorités locales. Les entreprises officiellement privées produisent plus de la moitié de l’acier chinois – contre seulement 5 % en 2003. Pékin exerce le contrôle effectif sur la sidérurgie, non seulement par l’intermédiaire des grands « champions nationaux » étatisés comme Baosteel et Hebei Steel (qui figurent tous deux parmi les cinq premiers producteurs mondiaux), mais aussi indirectement à travers le contrôle du système financier et autres leviers à la disposition du gouvernement central. Les petites entreprises qui ont proliféré pour profiter du développement massif des infrastructures décidé par Pékin, et les grandes entreprises d’Etat qui produisent pour le marché, ont toutes contribué à exacerber l’excédent de capacités de production d’acier en Chine quand les dépenses d’infrastructures ont commencé à se tarir.
Pékin a annoncé des plans pour réduire d’au moins 10 % la capacité de production d’acier et d’extraction de charbon au cours des prochaines années, ce qui éliminerait au moins 1,8 million d’emplois. Beaucoup d’entreprises privées ont tout simplement fermé, laissant souvent des mois d’arriérés de salaires dus à leurs ouvriers. Ces fermetures, ainsi que les réductions d’effectifs dans les entreprises d’Etat, ont provoqué une flambée de grèves et d’actions de protestation ouvrières, qui auraient doublé en 2015 par rapport à l’année précédente. Dans la seule province du Hebei, qui produit un quart de l’acier chinois, il y a eu 300 grèves entre janvier 2015 et mars 2016. S’il réprime fréquemment les protestations, le régime de Xi Jinping a aussi annoncé une enveloppe de 100 milliards de yuan sur deux ans (près de 4 000 euros par ouvrier et par an) pour aider les ouvriers licenciés. Il a également budgété l’équivalent de plusieurs milliards d’euros pour financer des prestations sociales et des mesures de formation.
Malgré les spectaculaires percées économiques réalisées depuis vingt ans, la Chine reste un pays pauvre par rapport aux puissances impérialistes. La perspective de la bureaucratie chinoise, qui est de faire passer la Chine d’une économie basée sur une industrie manufacturière tirée par l’exportation à une économie centrée sur la demande intérieure de produits de consommation et de services, exigerait la transformation de la vaste population rurale chinoise en une masse de consommateurs modernes. Ce plan met en lumière le défi fondamental à long terme auquel le pays est confronté : combler le fossé économique entre la Chine urbaine et les campagnes, plus retardataires et plus pauvres.
Pour commencer à combler ce fossé, il faudra une redistribution et une réaffectation massives des ressources économiques. Les fermes chinoises, qui représentent plus de 200 millions de petits lopins paysans de moins d’un demi-hectare en moyenne, fournissent à peine un revenu suffisant pour vivre, sans même parler d’une épargne qui pourrait être investie dans la modernisation agricole. La modernisation sociale et économique nécessite de passer des petites parcelles à une agriculture mécanisée à grande échelle, ce qui passera notamment par la re-collectivisation volontaire de l’agriculture.
L’introduction de la technologie moderne dans les campagnes nécessite une base industrielle qualitativement supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Réciproquement, une augmentation de la productivité agricole fera naître le besoin d’une énorme expansion des emplois industriels dans les zones urbaines, de manière à absorber le vaste surplus de main-d’œuvre qui ne sera plus nécessaire dans les campagnes. En dernier ressort, la réalisation de cette perspective reposera nécessairement sur l’aide que la Chine obtiendra d’un Japon ou d’une Amérique socialistes.
Cette réalité souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale. Les dirigeants du Parti communiste au pouvoir croient à tort qu’ils peuvent moderniser la Chine et en faire une grande puissance mondiale – et même la superpuissance mondiale du XXIe siècle – face aux armées plus puissantes et à la technologie plus avancée des impérialistes. Cette politique est l’expression du dogme nationaliste stalinien du « socialisme dans un seul pays », qui s’accompagne d’une vaine quête de « coexistence pacifique » avec l’impérialisme. Cette fable antimarxiste ne cesse de saper la défense des Etats ouvriers, en particulier en conduisant à trahir des révolutions prolétariennes dans les autres pays.
L’émergence de l’impérialisme à l’aube du XXe siècle a ouvert l’époque de la décadence capitaliste, des guerres et des révolutions, dans laquelle nous vivons toujours. Ce système décadent doit être balayé par la révolution socialiste internationale. Seule la création d’une économie planifiée internationale peut libérer les forces productives nécessaires pour abolir la pénurie dans le monde entier et poser les bases d’une société socialiste où la division en classes et l’exploitation seront de l’histoire ancienne.
Pour apporter cette conscience au prolétariat et lui donner une direction dans la lutte, il faut un parti révolutionnaire international, avec des sections dans tous les pays du monde. Ce parti doit se fonder sur les leçons de la Révolution russe victorieuse de 1917, dirigée par les bolchéviks de Lénine et Trotsky. La Ligue communiste internationale, dont la Spartacist League/U.S. est la section américaine, est déterminée à se battre pour reforger la Quatrième Internationale, parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/chine.html
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[Traduction] La pauvreté du "luxury communism"

La pauvreté du "luxury communism"

Texte original de QQ et Mark Harman traduit du texte en anglais trouvé sur : http://libcom.org/blog/poverty-luxury-communism-05042018
Également disponible en .odt via google drive.
Un spectre hante l'Europe et les États-Unis, le spectre du protectionnisme national productiviste de la gauche. QQ et Mike Harman répondent à Novara Media et Jacobin Magazine.
"Une forme de travail salarié peut corriger les abus d'une autre, mais aucune forme de travail salarié ne peut corriger l'abus du travail salarié lui-même. Marx (Grundrisse)
Des articles récents dans Jacobin Magazine et Novara Media représentent une tendance croissante de l'insistance sociale-démocrate selon laquelle l'État est la meilleure chance de résoudre le changement climatique et une myriade d'autres problèmes. Cette tendance prend plusieurs formes : un recul d'une position antifrontières cohérente à une position qui voit l'abolition des frontières comme un but inaccessible; un appel à la nationalisation des grandes industries comme moyen de remédier au changement climatique et de fournir des emplois et des modèles de propriété alternatifs comme les coopératives de travailleurs à être soutenus par l'État. Dans tous les cas, il s'agit d'une stratégie de captation de l'État par le biais d'élections.
Le 26 février, Jeremy Corbyn a déclaré devant un auditoire à Coventry que la Grande-Bretagne "ne peut pas être retenue à l'intérieur ou à l'extérieur de l'UE de prendre les mesures nécessaires pour soutenir les industries de pointe" et que la Grande-Bretagne ne peut pas non plus être empêchée "de limiter l'import de travailleurs bon marché par des employeurs". Bien que Corbyn ait été critiqué par certains de ses partisans les plus radicaux, la plupart des critiques n'allaient pas au-delà de la mise en évidence de son mauvais jugement en utilisant un langage " maladroit ". Le fait que le ton plutôt que le contenu du discours était à l'étude donne un aperçu de l'orientation que prend le parti travailliste. Cela suggère que nous ne sommes pas seulement en train de revisiter un parti qui feint la réticence à apaiser les sentiments racistes, dans une tentative de récupérer les électeurs qui les ont abandonnés il y a longtemps. Au contraire, pour " soutenir les industries de pointe ", il faut une main-d'œuvre unifiée par une identité bourgeoise commune - l'identité britannique, avec un retour au syndicalisme nativiste qui a poursuivi le mouvement ouvrier jusqu'aux années 80. La rhétorique peut varier entre le bigoterie conservatrice explicite, le syndicalisme nativiste ou le néolibéralisme métropolitain, mais chacune exerce sa violence via des contrôles aux frontières, que ce soit au niveau de l'UE ou du Royaume-Uni. La production capitaliste repose sur le contrôle du pouvoir du travail.
Cette politique d'une époque apparemment révolue ne démontre pas seulement la limite fondamentale du socialisme parlementaire, mais elle est tissée dans le tissu intellectuel de la gauche dans son ensemble. Le "Fully Automated Green Communism" d'Aaron Bastani en est un exemple. Bien qu'il ne soit pas unique dans ses ambitions keynésiennes embellies par la prétention communiste, il nous fournit une étude de cas utile sur les processus de pensée et les malentendus qui sous-tendent le projet "radical" présenté par le parti travailliste.
D'une manière générale, l'article de Bastani est un appel aux militants écologistes à "passer à la vitesse supérieure" (une insistance des autres membres de l'équipe de Novara et de Inventing the Future), dans la mesure où la meilleure façon d'éviter le changement climatique est d'utiliser l'État. Qu'il souscrive personnellement à la catastrophe climatique évoquée dans l'article est incertain, mais il croit certainement que l'esprit public autour du changement climatique pourrait être un véhicule efficace dans l'exercice de ses théories économiques de relance par la demande. La période d'après-guerre de "l'utopie concurrente [et] des forces géopolitiques compensatrices" a été une énorme aubaine pour l'industrie de l'armement et, par conséquent, pour l'économie en général (i.e. que l'Internet a commencé sa vie comme technologie militaire américaine), et certains pensent que le changement climatique peut avoir la même fonction que la guerre froide. Il y a des raisons spécifiques pour lesquelles une ressemblance ne peut être établie entre la préparation à une guerre mondiale et le changement climatique (que nous aborderons plus tard), mais, plus largement, Bastani commet l'erreur classique de penser que le but d'une économie est d'allouer des ressources pour répondre aux besoins de consommation, alors qu'en réalité, le but de l'économie est de produire du capital.

L'abondance exige-t-elle de la croissance ?

Bastani insiste sur le fait que le mouvement vert devrait abandonner l'idée que la croissance a des limites, parce que les énergies renouvelables et l'exploitation minière des astéroïdes rendront possible la production de carbone zéro, que les gens devraient manger de la nourriture d'où ils veulent et voyager aussi loin qu'ils le souhaitent.
Nous aimerions aussi voir une société d'abondance, mais l'abondance n'est pas simplement la quantité de marchandises que nous consommons, ou l'énergie nécessaire pour les produire. La plupart des biens de consommation que nous achetons doivent être remplacés d'ici un an ou deux, les déchets étant déversés dans des décharges toxiques par des enfants travailleurs pour être recyclés dans d'autres biens de consommation ou simplement jetés dans des sites d'enfouissement. Les cycles de circulation rapide du capital que cela permet sont considérés comme de la " croissance ", ils contribuent tous au PIB après tout, mais ne font rien d'utile pour quoi que ce soit d'autre que le bilan. les systèmes alimentaires mondiaux sont de plus en plus précaires, l'une des dernières paniques morales libéralistes étant l'emballage alimentaire en plastique, puisque le plastique a été trouvé dans des organismes vivant dans les régions les plus profondes de la mer. Le simple fait d'arrêter l'utilisation du plastique entraînerait une détérioration massive des aliments ; le plastique est utilisé en premier lieu pour conserver les aliments pendant qu'ils parcourent des milliers de kilomètres, pendant des jours ou des semaines. Aucune mesure d'automatisation complète, d'investissement vert ou de consommation éthique ne résoudra les problèmes fondamentaux des chaînes d'approvisionnement des supermarchés, de l'agro-industrie, de la dépendance à l'égard de la main-d'œuvre saisonnière faiblement rémunérée et de la culture commerciale. Ces derniers, ainsi que l'épuisement de la nappe phréatique et des sols qui les accompagne, sont le résultat de la production de denrées alimentaires en tant que marchandise plutôt que pour nourrir les gens. Bonne chance pour récolter les nutriments du sol et l'eau propre de l'espace.
Novara n'est pas la seule à faire valoir que la nationalisation des entreprises du secteur de l'énergie peut éviter le changement climatique. Le magazine Jacobin a récemment publié "A Plan to Nationalize Fossil-Fuel Companies" de Peter Gowan en prenant l'exemple de Statoil en Norvège. L'auteur laisse entendre que Statoil a été nationalisé par l'État norvégien et que c'est la raison pour laquelle il commence à s'éloigner avec succès des combustibles fossiles. En réalité, Statoil a été privatisé en 2001, le gouvernement norvégien conservant la majorité des actions, et se vante sur son site web qu'il a multiplié par six la production de pétrole et de gaz depuis 2000. Ainsi, une entreprise partiellement privatisée qui a sextuplé sa production de combustibles fossiles au cours des 18 dernières années est utilisée comme exemple de nationalisation pour réduire la production de combustibles fossiles. Le monde à l'envers, ou juste la caméra ? Comme beaucoup d'entreprises énergétiques, Statoil tente de devenir une " grande entreprise énergétique " par le biais d'un changement de nom en Equinor, ce qui implique une diversification vers les énergies renouvelables, mais rien n'indique qu'elle réduira la production de pétrole et de gaz en conséquence, se contentant de parler d'une production de pétrole et de gaz plus " efficace du point de vue climatique ", tandis qu'elle se développe également dans de nouveaux domaines.
Gowan poursuit un récit historique inversé en mentionnant la capacité de Harold Wilson à supprimer autant d'emplois miniers que Margaret Thatcher sans la grève des mineurs qui l'accompagne en raison de "sa coopération avec les syndicats, de sa concentration sur le plein emploi et d'une politique industrielle active". Ce que Gowan omet de mentionner, c'est que Wilson a supprimé 43 % des emplois dans le secteur minier à une époque de quasi plein emploi, tandis que Thatcher a supprimé 80 % des emplois dans le secteur minier à une époque de chômage élevé. Wilson a été confronté à une grève sauvage des mineurs en 1969, qui a explosé dans les grèves des mineurs de 1972 et 1974 sous Ted Heath. Une fois de plus, les pénuries de main-d'œuvre historiquement contingentes entre 1945 et 1970 sont attribuées au génie keynésien.
Nous devons être clairs : lorsque Gowan décrit la nationalisation, il ne s'agit pas d'une expropriation de l'État avec compensation, mais d'un achat massif d'actions. Au mieux, il s'agit d'un plan visant à transférer les coûts de la décarbonisation des actionnaires privés vers l'État. Même si le plan est couronné de succès et que le pétrole et le gaz sont laissés dans le sol, il s'agit simplement d'un plan pour transférer les coûts de la décarbonisation des actionnaires privés à l'État - "privatiser les profits, socialiser les pertes" comme on dit.
D'autres publications socialistes et le Parti travailliste lui-même sont d'avis que "avec le réseau national entre les mains du public, nous pouvons mettre la lutte contre le changement climatique au cœur de notre système énergétique" (Corbyn, février 2018). En concédant les limites d'un système centralisé, "l'avenir est décentralisé", via un glissement vers des modèles alternatifs de propriété : les coopératives.
Dans son récit des coopératives Mondragon en Espagne, Sharryn Kasmir a conclu que, loin de démocratiser le lieu de travail, la forme coopérative elle-même a généré un nouvel engagement trouvé parmi la classe des cadres tout en engendrant l'apathie chez les travailleurs. Les gestionnaires qui ont réussi ont accédé à des postes politiques, tandis que les travailleurs ne pouvaient pas utiliser les structures démocratiques louangées. De plus, au lendemain de la Révolution algérienne, les travailleurs se sont régulièrement mis en grève contre la bureaucratisation croissante de l'autogestion des travailleurs administrés par l'Etat. Que l'idée de l'autogestion ouvrière dans une Algérie socialiste était jumelée à un discours nationaliste soumettait l'autogestion "à une logique économique qui sapait son fondement même". Après la cooptation et la démobilisation des occupations industrielles et agricoles, et l'intégration du syndicat syndicaliste UGTA dans le FLN sous Ben Bella, les travailleurs algériens n'ont pas pu résister à la suppression pure et simple du mouvement sous Boumédiène.

À long terme, nous sommes tous morts.

La théorie keynésienne était une sorte d'adaptation bourgeoise de la critique de Marx sur l'économie politique, en ce sens qu'elle reconnaissait que la crise du capitalisme se trouvait dans le déclin du taux d'accumulation du capital. Pour Keynes, c'est parce que les capitalistes accumulent les profits pour des raisons irrationnelles (" esprits animaux "), au lieu de les investir de manière productive. Par conséquent, pour contrer une crise, l'État doit intervenir dans la sphère de la production par le financement du déficit pour stimuler les dépenses privées et, par conséquent, la production privée. Comme Marx l'a cependant observé, le problème d'une " surproduction " du capital n'est pas parce qu'il y a trop de capital, mais plutôt parce qu'il y a trop peu de capital par rapport à l'échelle de l'accumulation. En d'autres termes, parce que "le développement de la productivité sociale du travail, implique une masse de plus en plus grande du capital total pour mettre en mouvement la même quantité de force de travail et presser la même quantité de surtravail", lorsque la masse absolue du profit n'est plus suffisante pour rendre possible une accumulation continue (c'est à dire que la masse absolue du profit n'est plus suffisante pour rendre possible l'accumulation continue...). quand le taux de profit tombe plus vite que le capital se développe) le capital apparaît comme un excès parce qu'il ne peut être employé de façon rentable - après tout "il se doit, sur la base de la production capitaliste" que "la masse absolue du profit (....) peut, par conséquent, augmenter, et augmenter progressivement, malgré la baisse progressive du taux de profit".Pour Keynes, un ancien fonctionnaire britannique qui a dit un jour que " la guerre de classes le trouvera du côté de la bourgeoisie éduquée ", l'intervention de l'État a pour but d'enrayer le déclin du capitalisme, tout en assurant un certain niveau de stabilité sociale.
Bien que la production générée par l'État élargisse la capacité de production globale, parce qu'elle ne peut augmenter la rentabilité du capital privé, il existe un accord général pour que le secteur public de l'économie soit aussi petit que possible. En fait, la production générée par l'État se trouve habituellement dans des industries où le produit n'est pas consommable (e.g. la défense ), et en règle générale, la production étatique se situera en dehors du marché car elle est réticente à frustrer davantage le capital privé dans un système de marché déjà en baisse (en 2009 la Suède, la référence du socialisme contemporain, SAAB au bord de la faillite, le ministre Olofsson annonça : "L'Etat suédois n'est pas prêt à posséder des usines de voitures "). Cependant, parce qu'un déficit national croissant ne peut pas être remboursé à partir de la production de l'État (après tout, l'État ne peut pas se taxer lui-même), l'État doit faire de nouvelles incursions dans l'économie et, par conséquent, poursuivre la décadence du système de capital privé. C'est d'ailleurs la source de l'hostilité de la bourgeoisie envers le keynésianisme et son identification pitoyable au socialisme. Cependant, tout comme le capitalisme reproduit une population ouvrière plutôt qu'un travailleur individuel, le capitalisme reproduit une structure de classe plutôt que le statut social d'un capitaliste individuel.
L'adoption du buzzword malhonnête "post-capitaliste" indique que Bastani se situe à l'extrémité la plus radicale du spectre keynésien. Nous comprenons le post-capitalisme comme signifiant que l'accélération de la production non rentable peut transformer le capitalisme en un système qui n'est pas tout à fait capitaliste. Cependant, ce n'est qu'en prenant au sérieux les lois générales du développement capitaliste que le caractère transitoire d'une période distincte du capitalisme peut se révéler. Le post-capitalisme, ou plus exactement le keynésianisme radical, n'apparaît pas comme l'étape de transition vers un "communisme de luxe entièrement automatisé", mais plutôt vers une économie capitaliste d'Etat. Dans ce cas, le post-capitalisme n'est rien de plus qu'une théorie de la réforme sociale et donc en totale contradiction avec les objectifs du communisme.
Il n'est donc pas du tout surprenant que Bastani attribue tous les maux du monde à la "mondialisation contemporaine" et à une financiarisation idéologique de l'économie mondiale, ou évoquant le "réalisme capitaliste" de feu Mark Fisher. Bien que le "réalisme capitaliste" soit une polémique tout à fait confuse parsemée de quelques pensées intéressantes, Fisher n'aurait pas pu être plus clair lorsqu'il a dit : "le réalisme capitaliste n'a pas besoin d'être néolibéral" et "pour se sauver, le capitalisme pourrait revenir à un modèle social-démocrate". En fait, la financiarisation de l'économie est la preuve de la surproduction du capital. Car le seul moyen d'éviter l'effondrement de la rentabilité est "par l'exportation du capital ou par l'emploi en bourse".

Le capitalisme, c'est la guerre totale.

La concurrence capitaliste est un processus de centralisation, au cours duquel une plus grande plus-value est répartie entre moins d'organisations. Cela se produit en période de croissance et en période de stagnation, car la centralisation n'est qu'un changement dans la distribution du capital disponible. Pendant ce temps, le mécanisme du marché est vidé de sa fonction, et lorsque le capital cesse de se développer, le marché n'est plus un mécanisme suffisant pour subvenir aux besoins de la production sociale. Si l'incapacité à satisfaire ces besoins est considérée comme une menace pour la stabilité sociale, elle sera étayée par l'intervention de l'État. Ainsi, le contrôle d'une offre décroissante de plus-value et de sa distribution (incarnée par le profit) est vital pour la pérennité du capitalisme et se manifeste donc en tant que fonction de l'Etat. Jacobin est explicite en ces termes : "Les solutions basées sur le marché ne peuvent pas s'attaquer au changement climatique. Essayons la nationalisation".
Tant les économistes libéraux que les larges pans de la gauche considèrent le capitalisme dans sa période de laissez-faire (ou de libre marché) comme du capitalisme bona fide, caractérisé par une accumulation de capital privé débridée et comprenant la libre circulation du capital et de la main-d'œuvre. Bien qu'une telle période n'ait jamais existé (et ne prévaut certainement pas à l'heure actuelle, malgré les protestations croissantes), une certaine ressemblance avec cette période est apparue à un stade antérieur du développement capitaliste. Les libéraux déifient une telle période parce qu'elle a permis une accumulation extensive et rapide du capital, c'est pourquoi les libéraux de gauche reconnaissent eux aussi que le marché est défaillant et préconisent un retour à une concurrence plus générale par le biais d'un démantèlement des monopoles, etc. Ces monopoles ne pourraient être brisés qu'en utilisant des moyens non marchands, par exemple le protectionnisme, la guerre. Mais, et on ne le soulignera jamais assez, ce sont les capitaux nationaux qui sont en concurrence sur la sphère mondiale et non le capital dans l'abstrait, même les sociétés multinationales sont essentiellement des véhicules pour le capital national. Une concurrence strictement économique n'a jamais été possible qu'au niveau national, et l'effondrement spectaculaire, quoique prévisible, de l'UE en témoigne. Les nations ne peuvent s'empêcher de travailler à une économie mondiale intégrée, cependant, étant donné la nature de classe du capitalisme, la protection nationale du capital est toujours en conflit direct avec la demande destructrice intrinsèque à la nature internationale de la concurrence capitaliste.

Au fond, tout est lié au travail.

Par conséquent, Bastani a tout à fait raison de dire que son plan exige "quelque chose qui ressemble à un effort de guerre", car toute la base du keynésianisme a été construite sur l'application des politiques économiques en temps de guerre à une période de "paix". Cependant, de nombreux gouvernements, y compris le Troisième Reich, ont mené une économie keynésienne, ignorant son idéologie, avec peu de succès, jusqu'au début de la guerre. En revanche, la période de prospérité de l'après-guerre en Allemagne (et en Europe en général) avait peu à voir avec l'application de la théorie keynésienne et plus avec l'énorme destruction du capital pendant la Seconde Guerre mondiale qui a permis une expansion et une reconstruction du capital tout aussi énorme. La situation politique propre à l'Allemagne et l'impulsion de base pour survivre ont fait en sorte que le travailleur allemand a remis des " niveaux énormes de consentement " à toutes les " innovations " économiques associées à l'économie de guerre, par exemple les contrôles sur le travail. Le travailleur allemand, dans la période d'après-guerre, a travaillé plus d'heures que n'importe qui d'autre en Europe et pour la moitié du salaire d'un travailleur britannique.
En effet, l'économie keynésienne est une sorte de préparation à la guerre et ce fait est reconnu (peut-être pas consciemment) par Bastani et ceux qui lui sont affiliés. Il est trop simple de considérer la production militaire comme une simple production de déchets, car le potentiel de guerre est intégré dans l'accumulation de capital. Les gens d'affaires s'opposent aux dépenses sociales pour des raisons idéologiques supposées, mais l'idéologie s'évanouit dans les airs lorsqu'il s'agit de dépenses de défense. Dans la mesure où l'objectif de la guerre est d'affaiblir ou de détruire les nations concurrentes, la guerre étant la concurrence et la concurrence étant un processus de centralisation, les gains des nations victorieuses ouvrent la voie à une nouvelle période d'expansion du capital. En bref, la concurrence capitaliste est une guerre totale. Il est donc difficile de voir comment on peut convertir une politique de temps de guerre en une politique de temps de paix verte ou "woke". En effet, les produits du travail humain dans une économie de guerre doivent être détruits plus rapidement qu'ils ne sont créés, et après un examen plus approfondi, les produits du travail humain détruisent également leurs producteurs.
Bien que le conflit de l'eau entre l'Inde et le Pakistan et leurs statuts en tant que puissances nucléaires soit bien documenté, prenez la tension moins connue sur la rivière Syr Darya entre l'Ouzbékistan et le Kirghizistan. L'Ouzbékistan, poussé par son rôle important dans l'industrie mondiale du coton, continue de construire de plus grands réservoirs pour l'irrigation du coton, au désarroi du Kirghizistan, une nation en amont, où il a besoin d'eau courante pour produire de l'hydroélectricité pendant l'hiver. Il ne serait donc pas surprenant de voir les différends s'intensifier lorsque les lois de la production du capital se heurtent aux lois de la physique et de la chimie, d'autant plus que l'approvisionnement en eau dans la région devrait varier énormément au cours des 50 prochaines années.
Bastani hésite à le dire lui-même et s'en remet à une citation de Paul Mason ; le nationalisme est la seule forme de socialité que l'on peut atteindre sous sa conception du "populisme vert". Compte tenu de l'antagonisme existant entre le capital national et le caractère international de la concurrence capitaliste, de nouveaux groupes et institutions dirigeantes (ou ce que Pannekoek considérerait comme "la classe de l'intellect et du savoir ") liés à l'existence de la nation sont créés, dans lesquels leur préservation et leur reproduction deviennent synonymes de l'intérêt national. En fait, le nationalisme ne peut servir qu'à obscurcir le marché réel et unique qui détermine la production capitaliste et c'est celui dans lequel la main-d'œuvre est vendue et achetée. Cela inclut une société où, en termes marxistes, le surplus de travail est converti directement en capital, ou ce que Bastani appellerait le "post-capitalisme".

Post-capitalisme ? Post-autonomie ?

Alors que Keynes est un technocrate britannique ennuyeux qui n'a jamais prétendu vouloir voir la fin du capitalisme, le "post-capitalisme" lui-même peut être retracé à l'obsession du post-autonomiste italien Paulo Virno pour le "fragment de machine" dans le Grundrisse :
Le développement du capital fixe indique dans quelle mesure la connaissance sociale générale est devenue une force directe de production, et dans quelle mesure, donc, les conditions du processus de la vie sociale lui-même sont passées sous le contrôle de l'intellect général et ont été transformées en conséquence.
Le post-capitalisme prend de ce fragment non pas le potentiel du communisme étant développé par le capitalisme, mais sa réalisation réelle. Plutôt que le prolétariat expropriant le capital, abolissant la forme marchande, le capital ainsi que lui-même en tant que classe, et transformant la production pour répondre aux besoins humains ; le post-capitalisme fait du capital lui-même le sujet de l'histoire, introduisant le communisme par une augmentation des forces de production, avec une direction utile des technocrates de gauche pour l'empêcher de s'accélérer et de s'effondrer complètement dans le désordre et dans la barbarie.
Selon les propres mots de Virno :
Dans le "Fragment", la crise du capitalisme n'est plus due à la disproportion intrinsèque au mode de production basé sur le temps de travail des individus, ni aux déséquilibres liés au fonctionnement intégral de la loi de la valeur, par exemple à la baisse du taux de profit. Au lieu de cela, la principale contradiction lacératrice esquissée ici est celle qui existe entre les processus productifs qui reposent désormais directement et exclusivement sur la science et une unité de mesure de la richesse qui coïncide toujours avec la quantité de travail incarnée dans le produit. Selon Marx, le développement de cette contradiction conduit à " l'effondrement de la production basée sur la valeur d'échange " et donc au communisme.
http://www.generation-online.org/p/fpvirno10.htm
Plus tard dans le'fragment de machine' cependant, Marx est clair sur le fait que le prolétariat a encore un rôle à jouer, parce qu'à un certain moment, le capital cesse d'augmenter les forces de production, car il ne peut pas fournir un surplus. Quand nous regardons la destruction massive de capital de la guerre mondiale et la crise environnementale, la vision de l'automatisation complète amenant au communisme par la technologie ressemble beaucoup plus au vieux choix du socialisme ou de la barbarie :
Si elle réussit trop bien au début, alors elle souffre d'une production excédentaire, puis le travail nécessaire est interrompu, parce qu'aucun surplus de travail ne peut être réalisé par le capital. Plus cette contradiction se développe, plus il devient évident que la croissance des forces de production ne peut plus être liée à l'appropriation du travail aliéné, mais que la masse des travailleurs doit s'approprier elle-même son propre surplus de travail.
La tendance cyclique constante de l'hyper-exploitation de certains travailleurs tandis que d'autres sont mis de côté, et la destruction massive du capital par la guerre et les catastrophes humaines à mesure que les contrats et la régénération sont morcelés, est décuplée par le New Deal du post-capitalisme rebaptisé ou l'État providence Bevanite, les revenus/services de base et d'autres schémas qui font état des fissures de la guerre ouverte des classes.

Comment j'ai appris à arrêter de m'inquiéter et à aimer la bombe.

C'est à ce moment-là que l'interprétation franchement comique de Bastani sur les relations sociales n'étant rien d'autre que du consumérisme éthique libéral et ses génuflexions devant David Harvey commencent à se préciser. En ce sens que l'académicien marxiste, Harvey, dispose complètement de la pierre angulaire du Capital, que la force de travail est la source de valeur. L'incapacité de Harvey à saisir les différents niveaux d'abstraction dans l'argument de Marx lui permet d'arriver à la conclusion tout à fait bizarre que la valeur apparaît comme une magie pendant l'échange. Car si nous acceptons la chicanerie de Harvey, nous rejetons à notre tour la relation sociale qui définit la production capitaliste ; celle entre le capital et le travail.
On fait beaucoup de la révolution technologique tant promise et de l'abondance qu'elle peut fournir, mais nous sommes déjà venus ici auparavant. En 1964, une lettre ouverte intitulée "La Triple Révolution ", signée par divers socialistes éminents, fut envoyée au président américain de l'époque, Lyndon Johnson. La lettre offre beaucoup des mêmes concepts et dilemmes que ceux mentionnés dans la formulation de Bastani de "Fully Automated Luxury Communism" : revenu de base ; post-scarcite/abondance ; conversion de l'infrastructure militaire en infrastructure civile, etc. Mais la "révolution" était tout de même illusoire, pour la simple raison que l'abondance est impossible dans une société de classe. Bien sûr, la promesse du communisme se trouve dans le potentiel d'abondance, mais elle dépend de la destruction complète des relations de classe. Bastani, tout comme ses prédécesseurs intellectuels, sont tous deux coupables d'avoir mis la charrue avant les bœufs.
En vérité, puisque Bastani caricaturalise les mouvements "grassroots", il est difficile de déterminer à qui il essaie de vendre le rêve d'un communisme de luxe entièrement automatisé, sautant des primitivistes, aux libéraux éthiques, aux libéraux, "lifestylists", pour se retrouver dans une impasse. Tout aussi frappante est l'absence de toute mention de la lutte de classe, ou de l'implication révolutionnaire que les luttes assument dans une période de crise, que la classe ouvrière elle-même envisage ou non ses luttes comme la voie de la révolution. Pour être clair, l'objet de l'analyse de Marx n'est pas la crise en soi mais le processus capitaliste de reproduction dans sa totalité. La tendance des machines à produire "un excédent relatif de population, ou la libération des travailleurs" est un processus qui apparaît tout au long de l'histoire du capitalisme. Il est donc difficile de comprendre pourquoi le simple fait de conférer à ce processus l'expression exotique " automatisation " pose soudainement des problèmes que nous n'avons jamais vus auparavant. Cela permet peut-être de retarder la prolétarisation certaine des classes moyennes, mais pour la classe ouvrière, aucun problème historiquement unique n'apparaît.
Marx a identifié la tendance du capital fixe à augmenter par rapport à l'augmentation de la productivité du travail et à la création de populations excédentaires au XIXe siècle, non pas comme une chose progressive à poursuivre pendant deux siècles, mais comme un moteur de la révolution, avec les révolutions haïtienne, française et anglaise, puis la Commune de Paris qui montrent tous le potentiel de la classe ouvrière pour transformer la société.
Le capitalisme pour Marx était une condition préalable au communisme, quelque chose qui, par sa propre logique, se dirigeait vers la crise et la révolution, non pas simplement pour être dirigé en faveur de la classe ouvrière, mais pour être renversé. Le communisme signifie l'abolition de la forme marchande, la production directe pour satisfaire les besoins humains, et donc l'abolition de toute autorité, y compris les États (considérés par Bastani comme " les plus grands instruments d'action collective jamais créés par les humains "), sauf la volonté des producteurs eux-mêmes - pas seulement une reconfiguration des filets de sécurité sociale qui n'ont jamais existé pour la plupart de la population mondiale. Ces tâches restent urgentes un siècle et demi après que le fragment de machine a été écrit, alors que le carnage continu du colonialisme, la guerre internationale, et - de plus en plus au cours des cinquante dernières années - le changement climatique, font des ravages sur la classe ouvrière internationale.
Si nous considérons toujours la gauche comme un mouvement pertinent, c'est pour donner un sens à la lutte de classe dans le contexte de la production de capital, et pas seulement pour réaliser un programme spécial qui nous est propre. Alors que Jacobin et Novara fantasment sur la façon dont ils géreront l'Etat capitaliste après les prochaines élections, les travailleurs internationaux s'attaquent à la fois à l'Etat et au capital dans une montée de la lutte de classe qui n'avait pas été vue depuis plus d'une décennie. En Virginie-Occidentale, les enseignants ont obtenu une augmentation salariale de 5 % pour tous les employés du secteur public après une longue grève sauvage d'une semaine. Les enseignants du Kentucky et de l'Oklahoma sont en pleine effervescence cette semaine à cause du financement des écoles sans l'appui total de leurs syndicats. Toutes ces luttes semblent destinées à obtenir des concessions majeures contre les administrations républicaines, un sénat républicain et un président républicain. Au Royaume-Uni, il y a eu des actions de grève sans précédent dans les universités par les professeurs et le personnel de soutien, mettant les travailleurs de base en conflit direct avec les "organisations de représentation démocratique - syndicats" alors qu'ils protestaient au siège de leur propre syndicat à propos d'une tentative précoce de capitulation. Alors qu'il s'agit de luttes défensives pour les salaires et les conditions de travail, la lutte contre les nouveaux oléoducs et les fractures aux États-Unis et au Royaume-Uni se poursuit avec des protestations majeures comme au Dakota avec #NODAPL. La social-démocratie est une politique de recul et de démobilisation de ces luttes, quelle que soit le frisson radical qu'elle est capable d'évoquer.
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