Le marché convoité des voitures d'occasion en ligne au Japon

La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire - Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine (2005)

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Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire
Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine
A bas l’alliance contre-révolutionnaire USA/Japon ! Pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé chinois !
La campagne du référendum a été marquée par une débauche de propagande protectionniste anti-chinoise à propos des importations de textiles. Les industriels français du textile, représentés au MEDEF par Sarkozy frère, qui ont licencié en France des centaines de milliers de travailleurs depuis vingt ans, hurlent maintenant parce qu’ils ont délocalisé leurs usines en Europe de l’Est et au Maghreb au lieu de la Chine, et de ce fait ont pris du retard par rapport à leurs rivaux qui ont su investir en Chine. Cette campagne n’a rien à voir avec la défense des travailleurs en France.
Le gouvernement, en campagne pour le « oui », avait cru bon d’utiliser l’affaire du textile chinois pour présenter l’Union européenne comme un rempart protégeant les travailleurs d’Europe contre la « mondialisation ». Les tenants du « non de gauche », comme d’ailleurs du non d’extrême droite, n’avaient pas grand-chose à y rétorquer puisque tout l’axe de leur campagne contre la « Constitution » était de lutter contre la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le traité constitutionnel.
Une jeune étudiante chinoise, Li li Whuang, est en prison depuis le 29 avril, accusée dans une soi-disant affaire d’espionnage contre l’équipementier automobile Valeo. Le mouvement ouvrier devrait s’opposer à cette chasse aux sorcières : c’est le genre de campagne raciste qui prépare des pogromes ici contre les travailleurs d’origine chinoise, qui par dizaines de milliers sont sans papiers, férocement exploités dans des ateliers de confection. Apparemment le dossier contre Li li Whuang est vide, mais de toutes façons pour nous trotskystes l’espionnage pour le compte d’un Etat ouvrier déformé n’est pas un crime contre la classe ouvrière internationale. Nous exigeons la libération immédiate de Li li Whuang !
26 avril – Depuis un mois, des dizaines de milliers de manifestants anti-japonais sont descendus dans les rues de plusieurs villes chinoises, aux quatre coins du pays. Ces manifestations ont été provoquées par l’approbation à Tokyo de nouveaux manuels d’histoire destinés aux collèges, qui escamotent les atrocités perpétrées dans le passé par l’impérialisme japonais. Le « viol de Nankin » en 1937, quand 300 000 Chinois ont été massacrés par la soldatesque japonaise, est désormais présenté comme « un incident ». L’asservissement de plus de 200 000 « femmes de réconfort » coréennes et chinoises, contraintes de servir d’esclaves sexuelles dans les bordels de l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été effacé de l’histoire.
La réécriture de l’histoire dans les manuels japonais est une provocation non seulement contre l’Etat ouvrier déformé chinois, mais aussi contre les travailleurs de l’Asie entière – et de fait, elle a provoqué des manifestations en Corée du Sud. C’est la dernière en date d’une série de provocations de l’impérialisme japonais contre la Chine, après la récente déclaration proclamant l’intention du Japon d’effectuer des forages pétroliers et gaziers autour des îles Diaoyutai revendiquées par la Chine. La plus significative a été la publication en février dernier d’une déclaration politique commune des Etats-Unis et du Japon affirmant que Taïwan est « une préoccupation de sécurité commune ». La plupart des manifestations chinoises, qui pour l’instant se sont pour l’essentiel arrêtées, ont été tacitement organisées ou approuvées par le gouvernement en réponse aux provocations du Japon. La bureaucratie a autorisé la poursuite des manifestations – tout en s’employant anxieusement à en garder le contrôle – pour détourner l’attention de l’agitation sociale grandissante qui ronge le tissu même de la société chinoise. Comme l’expliquait un manifestant de Shanghaï : « Les gens participent à cette manifestation parce qu’on ne les autorise pas à protester contre quoi que ce soit d’autre » (New York Times, 17 avril).
Mais ces manifestations, qui ont duré plus longtemps que toutes les autres grandes manifestations publiques en Chine depuis la révolte de Tiananmen en 1989, encouragent une réponse nationaliste aux provocations du Japon – c’est-à-dire dirigée non pas contre la classe dirigeante capitaliste du Japon, mais contre la population japonaise tout entière, les travailleurs comme leurs oppresseurs capitalistes. « Cochons japonais, dehors ! », criaient les manifestants chinois qui saccageaient des magasins japonais. Une expression de ce nationalisme a été l’appel à boycotter les entreprises et les produits japonais.
Le poison nationaliste encouragé par la bureaucratie stalinienne chinoise représente un grave danger pour les acquis de la Révolution chinoise de 1949 elle-même. Opposée qu’elle est à l’unité de classe entre les prolétariats chinois et japonais, la bureaucratie veut réaliser l’unité de tout le peuple chinois, y compris les capitalistes chinois de Taïwan et de Hongkong, contre tout le peuple japonais. Ceci a été clairement exprimé dans une récente manifestation à Hongkong, où les manifestants anti-japonais portaient le drapeau taïwanais du Guomindang, qui représente les capitalistes et les propriétaires fonciers ayant fuit la révolution. Pour la première fois depuis la guerre civile, le gouvernement chinois a récemment reçu une délégation du Guomindang venue de Taïwan ; en affichant ainsi leur attachement à l’« unité » chinoise contre le Parti progressiste démocratique taïwanais favorable à l’indépendance de l’île, les staliniens chinois montrent à quel point le nationalisme et la collaboration de classes sont profondément ancrés chez eux.
Les acquis de la Révolution chinoise – avant tout l’économie nationalisée et collectivisée – représentent une avancée historique non seulement pour les ouvriers et les paysans chinois, mais aussi pour le prolétariat du monde entier. L’expropriation des capitalistes et la mise en place d’une économie socialisée ont représenté une immense avancée par rapport à l’asservissement impérialiste et à l’effroyable oppression que subissaient jadis les masses chinoises, et ont jeté la base d’un bond formidable dans le développement économique. Et avec l’extension internationaliste de la révolution, elles pourraient jeter la base de la construction, dans l’avenir, d’une société socialiste.
Mais la Chine, depuis le début, est un Etat ouvrier déformé, dans lequel une caste conservatrice de bureaucrates, qui gouverne dans son propre intérêt étroit, bloque le développement vers une société socialiste sans classes. Depuis Mao Zedong (et y compris sous son règne), ces dirigeants bureaucrates ont colporté le dogme stalinien nationaliste de la construction du « socialisme dans un seul pays ». Répudiant en tous points le marxisme, les staliniens ont prêché tout au long de leur histoire la conception inepte que le socialisme pouvait être construit dans un seul pays – fût-il aussi arriéré matériellement que la Chine – si seulement une intervention militaire impérialiste pouvait être évitée.
Un des aspects des manifestations récentes en Chine a été l’opposition aux tentatives du Japon d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour le gouvernement chinois, cette question fait partie de ses manœuvres, dans le cadre de la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme mondial, entre les puissances impérialistes prétendument « progressistes » ou « réactionnaires ». Par exemple, la Chine soutient les efforts de l’Allemagne pour obtenir un siège de membre permanent. La vérité est que l’ONU n’est pas autre chose qu’un nid de brigands impérialistes et de leurs victimes. Depuis la guerre de Corée jusqu’aux sanctions contre l’Irak qui ont tué plus d’un million et demi de personnes, l’ONU a montré qu’elle était une ennemie des travailleurs et des opprimés du monde entier.
L’internationalisme prolétarien révolutionnaire, et non la collaboration de classes nationaliste, est essentiel pour faire avancer les intérêts des travailleurs chinois en défendant les acquis de la Révolution chinoise, et ceux des travailleurs japonais dans leur lutte contre un impérialisme japonais revanchard. Le 13 mars dernier, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan (Workers Vanguard n° 844, 18 mars), nous écrivions :
« La Spartacist League/U.S. et le Groupe spartaciste Japon […] se prononcent pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine et de la Corée du Nord – comme nous le faisons pour les derniers autres Etats ouvriers déformés, le Vietnam et Cuba – contre les agressions impérialistes et la contre-révolution capitaliste intérieure […].
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan, selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
Pour l’internationalisme révolutionnaire !
Le dogme du « socialisme dans un seul pays » signifie l’opposition à la perspective de la révolution ouvrière au niveau international, et la conciliation de l’impérialisme mondial. Les manifestations récentes, par exemple, étaient exclusivement dirigées contre le Japon, exonérant ainsi les crimes de l’impérialisme US. (Apparemment, Pékin considère que dans l’alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon, Tokyo est la cible la plus facile.) Ceci reflète et alimente l’illusion répandue en Chine que les Etats-Unis sont une puissance impérialiste plus inoffensive. Ce sont pourtant les Etats-Unis qui en 1945 sont devenus le seul pays à jamais avoir utilisé des armes nucléaires, provoquant ainsi la mort de plusieurs centaines de milliers de civils japonais à Hiroshima et Nagasaki. Ces bombardements étaient un avertissement à l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Pendant la guerre de Corée, au début des années 1950, l’impérialisme US a été responsable de la mort d’environ trois millions de Coréens. Les sacrifices héroïques consentis par la Chine ont défendu l’Etat ouvrier déformé nord-coréen et ont empêché les forces américaines – qui combattaient sous le drapeau des Nations Unies – de mettre la main sur la totalité de la péninsule coréenne et d’en faire une néocolonie des Etats-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, qui s’est achevée en 1975, plus de trois millions de Vietnamiens ont été assassinés par les efforts désespérés de l’impérialisme US pour écraser la révolution sociale dans ce pays.
Beaucoup de gens en Chine ont des illusions sur la nature de l’impérialisme US parce qu’il a combattu le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les staliniens, qui présentent la Deuxième Guerre mondiale comme une « guerre contre le fascisme », s’étaient alliés avec les puissances impérialistes bourgeoises démocratiques – principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Au contraire, les trotskystes savaient que le carnage inter-impérialiste de la Deuxième Guerre mondiale était un conflit pour la redivision des ressources mondiales de main-d’œuvre bon marché et de matières premières, dans l’intérêt des profits capitalistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Quatrième Internationale, fondée par le dirigeant bolchévique Léon Trotsky et qui se basait sur l’internationalisme prolétarien, luttait pour la défaite révolutionnaire de tous les pays impérialistes. Simultanément, elle s’était prononcée pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique contre l’impérialisme, et soutenait l’autodétermination des colonies contre leur asservissement par les impérialistes, ceux de l’Axe comme ceux des Alliés.
Pendant l’occupation de la Chine par le Japon, qui a commencé au début des années 1930, les trotskystes donnaient un soutien militaire aux forces de la résistance chinoise, tout en s’opposant politiquement aux forces bourgeoises du Guomindang de Chiang Kai-shek. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre du Pacifique, l’effort de guerre du Guomindang se retrouvait subordonné de façon décisive aux intérêts de l’impérialisme US, au point que les responsables américains avaient le dernier mot sur le déploiement des forces du Guomindang. Dans ces conditions, il devenait nécessaire de préconiser une position de défaitisme révolutionnaire – pour la défaite des deux camps par la lutte de classe révolutionnaire – tant envers les USA et le Guomindang qu’envers le Japon, tout en donnant un soutien militaire aux forces du Parti communiste de Mao, qui n’étaient pas subordonnées militairement à l’impérialisme US (voir « Révolution permanente contre “front unique anti-impérialiste” – Les origines du trotskysme chinois », Spartacist édition française n° 31, automne 1997).
Un des articles de foi de la vision nationaliste des bureaucrates staliniens est que les travailleurs des pays capitalistes avancés ont été tellement corrompus par leurs exploiteurs que la lutte de classe révolutionnaire y est un rêve utopique (ou trotskyste). Pourtant, on voit au Japon des signes d’opposition à la résurgence du militarisme, y compris au sein de la classe ouvrière organisée. En 2001, environ 200 dockers du port de Sasebo, à Nagasaki, ont refusé de charger des armes et des fournitures militaires sur des navires de guerre de la marine japonaise destinées à aider les Etats-Unis dans leur guerre terroriste menée contre l’Afghanistan. Plus récemment, des centaines d’enseignants ont été licenciés ou sanctionnés pour avoir refusé de se lever pour l’Hinomaru (le drapeau national) et de chanter le Kimigayo (l’hymne national), des symboles du militarisme japonais. Ces actions ont été menées contre l’avis des dirigeants pro-impérialistes des trois principales fédérations syndicales – dont celles affiliées au Parti communiste japonais et au Parti social-démocrate – et représentent un défi frontal aux appels à l’« unité nationale » de la bourgeoisie japonaise.
Avec la multiplication des manifestations anti-japonaises en Chine, l’administration du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a enchaîné les provocations anti-chinoises. Avec arrogance, Koizumi a admonesté le peuple chinois en lui enjoignant d’être « plus adulte », de garder « la tête froide », et a suivi l’exemple du président Bush en réussissant à faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle maintienne son embargo sur les ventes d’armes à la Chine.
Les provocations de l’impérialisme japonais sont encouragées par l’impérialisme US. L’été dernier, le secrétaire d’Etat de l’époque, Colin Powell, affirmait le soutien américain à la campagne du Japon pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en notant que l’Article 9 de la constitution imposée par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d’engager des opérations militaires à l’extérieur, « devrait être examiné sous cet éclairage » (AFP édition anglaise, 13 août 2004). Plus récemment, il a été proposé de transférer le quartier général du 1er corps de l’armée américaine actuellement situé aux Etats-Unis, à Yokohama, au sud de Tokyo, où selon le Guardian de Londres (19 avril), « l’objectif principal de son déploiement avancé sera probablement la défense de Taïwan, les défis régionaux représentés par l’expansion militaire chinoise, et le face-à-face nucléaire avec la Corée du Nord. »
Les provocations du Japon et les manifestations en Chine ont été utilisées par l’extrême droite chauvine comme un feu vert pour terroriser les Chinois résidant au Japon. Les missions diplomatiques chinoises et d’autres institutions liées à la Chine ont été attaquées ou saccagées. Il y a eu des alertes à la bombe au consulat général de Chine à Fukuoka, une alerte à l’anthrax à l’ambassade chinoise de Tokyo, et une douille de balle de revolver a été envoyée au consulat chinois d’Osaka avec une lettre menaçant les citoyens chinois d’actes de violence. Le 10 avril, des coups de feu ont été tirés contre les bureaux de la Banque de Chine à Yokohama.
Finalement, le 22 avril, au sommet Asie-Afrique qui se tenait en Indonésie, Koizumi a cherché à désamorcer les tensions avec la Chine en offrant de vagues excuses pour les « dommages et souffrances terribles » provoqués par le pouvoir colonial japonais. (Le même jour, un membre du gouvernement Koizumi, avec 80 autres politiciens, effectuait un pèlerinage au sanctuaire de Yasukuni, un symbole du militarisme japonais qui honore la mémoire, entre autres, de criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale.) La semaine dernière, des personnalités japonaises de poids se sont inquiétées que le maintien de la tension nuise au commerce japonais, tandis que le ministre du Commerce chinois déclarait que le boycott des produits japonais serait dommageable aux intérêts économiques des deux pays. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, et environ 18 000 sociétés japonaises ont créé des filiales en Chine. Comme l’explique le New York Times (23 avril), l’« interdépendance économique croissante » entre la Chine et le Japon « a ces derniers jours assoupli leurs positions ».
L’impérialisme japonais est déterminé à se débarrasser des contraintes du syndrome de la « nation vaincue », avec lequel il est sorti de la Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, la classe dirigeante cherche à imposer une politique d’austérité économique à l’intérieur, à attiser le poison nationaliste et à renforcer l’appareil répressif nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre capitalistes. Les nouvelles directives de défense ne se contentent pas de cibler les Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen ; elles renforcent aussi l’arsenal de répression d’Etat contre le mouvement ouvrier. Il y a parmi les travailleurs du Japon un mécontentement considérable et un vrai désir de lutter contre l’austérité économique, la discrimination, l’aggravation de la répression d’Etat et la guerre. Cette colère et cette combativité doivent être dirigées vers la construction d’un parti révolutionnaire trotskyste, qui fera le lien entre le combat pour la révolution socialiste au Japon et la défense militaire inconditionnelle des Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen.
Chine : pour la révolution politique ouvrière !
Parlant pour beaucoup de ses congénères dans la bureaucratie stalinienne chinoise, Li Rui, ancien secrétaire de Mao Zedong, a fait cet aveu d’une franchise abrupte : « Personne ne comprend le marxisme. C’est ridicule. Les idéaux du passé n’existent plus. Il est donc juste de se tourner vers le nationalisme. C’est le moyen par lequel le parti peut maintenir son système et son idéologie » (l’Observer de Londres, 17 avril). En même temps qu’une défense cynique du nationalisme comme moyen efficace de manipuler les masses, cette déclaration reflète une assimilation abusive et très courante entre marxisme et maoïsme. En réalité, le contraste violent qu’on établit souvent entre la politique de Mao et celle de son successeur Deng Xiaoping est fondamentalement faux.
Dans le cadre nationaliste du « socialisme dans un seul pays », les régimes de Mao et de Deng ont suivi des politiques différentes dans des contextes internationaux différents. Cependant, à un égard très important, leurs politiques étaient essentiellement identiques : l’alliance avec l’impérialisme US contre l’Union soviétique. Cette alliance avait été scellée en 1972, quand le président américain Richard Nixon a donné l’accolade au président Mao au moment même où les avions américains faisaient pleuvoir leurs bombes sur le Vietnam. Le rapprochement de l’impérialisme US avec la bureaucratie maoïste sur la base d’une hostilité partagée envers l’Union soviétique a conduit à la reconnaissance de la République populaire de Chine et à l’attribution d’un siège pour la Chine aux Nations Unies aux dépens de Taïwan.
L’alliance avec les Etats-Unis a été poursuivie et approfondie sous Deng. En 1979, il a ordonné à l’Armée populaire de libération (APL) d’envahir le Vietnam, le principal allié soviétique en Extrême-Orient, avec l’approbation et l’encouragement de Washington. Les Vietnamiens ont résisté efficacement et infligé de lourdes pertes – 20 000 hommes – à l’APL, qui a battu en retraite en repassant la frontière. (Puisqu’on parle de tripatouillage des manuels d’histoire, ce chapitre peu reluisant a été pratiquement escamoté par les staliniens chinois.) Pendant les dernières années de la guerre froide, dans les années 1980, la Chine a encouragé l’impérialisme américain à affaiblir et à miner l’Union soviétique – par exemple en aidant les coupe-jarrets moudjahidin qui combattaient les troupes soviétiques en Afghanistan – favorisant ainsi la campagne contre-révolutionnaire qui a anéanti ce qui restait des acquis de la Révolution russe de 1917.
Après avoir détruit l’Union soviétique, la patrie de la seule révolution ouvrière victorieuse, les impérialistes sont aujourd’hui déterminés à restaurer le capitalisme en Chine. A cette fin, ils poursuivent une double stratégie : pénétration économique pour renforcer les forces intérieures de la contre-révolution capitaliste, combinée avec une pression militaire et la menace d’une intervention armée. Les bureaucrates staliniens encouragent en fait les impérialistes par leur politique de trahison : autorisation d’investissements capitalistes massifs combinée avec une quête futile d’une « coexistence pacifique » avec les impérialistes.
Mais malgré les « réformes de marché » de la bureaucratie, le noyau de l’économie chinoise reste collectivisé. En outre, la politique économique du régime du Parti communiste est encore contrainte par la peur d’une agitation sociale – et en particulier ouvrière – qui pourrait le renverser. Cela a été à deux doigts de se produire en 1989, quand des manifestations pour la libéralisation politique et contre la corruption centrées sur les étudiants ont été le déclencheur d’une révolte ouvrière spontanée, qui devait être ensuite réprimée par le régime dans un terrible bain de sang.
La Chine est aujourd’hui une poudrière de tensions sociales prête à exploser. D’après les statistiques gouvernementales, le nombre de manifestations a augmenté de 15 % l’année dernière, et s’est élevé à 58 000. Des millions de fermiers pauvres et d’ouvriers urbains ont bloqué des routes, organisé des grèves ou manifesté contre la corruption des responsables, les confiscations de terres, la destruction de l’environnement, les licenciements et le chômage, des conditions de travail misérables et l’écart croissant entre la richesse urbaine et la pauvreté rurale. A la mi-avril, les habitants de Dongyang, dans le sud-est de la Chine, furieux du refus du gouvernement de prendre des mesures contre la pollution des usines voisines, ont chassé 1 000 policiers anti-émeute et pris le contrôle de la ville. Au même moment, près de 2 000 anciens soldats de l’APL ont organisé à Pékin une série de manifestations pour protester contre le niveau insuffisant de leurs retraites. Plus récemment, environ 10 000 ouvriers de l’usine d’appareils électroniques Uniden de Shenzen, près de Hongkong, construite avec des capitaux japonais, ont fait grève pour exiger le droit de se syndiquer. La grève a pris fin le 23 avril. Révélant comment la bureaucratie chinoise joue le rôle de fournisseur de main-d’œuvre pour les bourgeoisies impérialistes qui investissent en Chine, un gréviste déclarait au Washington Post (26 avril) : « Certains responsables syndicaux nous ont dit que nous devions coopérer, car sinon les investisseurs pourraient se retirer et aller investir ailleurs, et nous perdrions tous notre travail. »
Par sa politique de « réformes de marché », la bureaucratie chinoise renforce les forces de la contre-révolution en permettant aux impérialistes de pénétrer économiquement l’Etat ouvrier. En même temps, cette politique augmente la puissance sociale du prolétariat industriel. Les alternatives auxquelles la Chine est confrontée sont la contre-révolution capitaliste ou la révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne et la remplacer par des soviets d’ouvriers et de paysans démocratiquement élus, organes du pouvoir prolétarien. Un parti léniniste-trotskyste est nécessaire pour apporter aux travailleurs chinois une stratégie internationaliste prolétarienne révolutionnaire. Il n’y a pas de voie nationalement limitée vers le socialisme en Chine. La modernisation de la Chine – fournir la base pour une vie décente à tous ses habitants sur la base de l’accès à la technologie avancée et aux ressources productives actuellement concentrées en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon – requiert l’extension internationale de la révolution socialiste, essentiellement à ces puissances impérialistes, jetant ainsi la base d’une économie socialiste planifiée internationale. Ceci requiert de reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, pour la révolution socialiste mondiale.
– Traduit de Workers Vanguard n° 847, 29 avril
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/chine.html
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L’économie d’un Etat ouvrier en transition vers le socialisme (Décembre 2011)

Le Bolchévik nº 198 Décembre 2011
Cette présentation a été donnée le 6 août 2005 par Joseph Seymour, membre du comité central de la Spartacist League/U.S., devant les membres du groupe de jeunesse de la SL, le Spartacist Youth Club (SYC), à Oakland en Californie. Elle a été revue et légèrement augmentée, en collaboration avec le camarade Seymour, pour publication dans Workers Vanguard (n° 989, 28 octobre).
Les pionniers du mouvement socialiste d’avant Marx avaient un objectif fondamental, l’égalité économique ; ils considéraient qu’on pouvait l’obtenir immédiatement et en même temps que c’était le but final désiré. En d’autres termes, ils ne concevaient nullement un niveau de développement économique supérieur, que rendrait possible le renversement révolutionnaire du capitalisme. La Conjuration des Egaux a été la première organisation révolutionnaire communiste. Elle avait vu le jour dans la dernière phase de la Révolution française de la fin du XVIIIe siècle. Elle avait pour programme le communisme de consommation et de distribution. Le gouvernement révolutionnaire devait fournir aux familles nombreuses des logements plus spacieux et, proportionnellement, davantage de nourriture, de vêtements et autres produits de première nécessité.
Une des plus importantes contributions théoriques de Marx a été de changer la perspective du mouvement socialiste en la faisant passer de l’égalité dans le domaine de la consommation à l’élimination complète de la pénurie économique grâce à une élévation progressive du niveau des forces productives. Evidemment, dans une société sans classes, une société communiste, tout le monde pourra avoir équitablement accès aux biens de consommation. Mais il y aura certainement une énorme diversité des modes de vie individuels, auxquels correspondront différents niveaux d’utilisation individuelle de ces biens.
Si je commence ma présentation là-dessus, c’est que nous sommes dans une large mesure rejetés dans l’univers intellectuel du jeune Marx. Si vous faites un sondage parmi 100 étudiants et que vous leur demandez ce que le socialisme signifie pour eux, ils diront en grande majorité que c’est une question d’égalité économique. Ils vous diront que cela veut dire que tout le monde a plus ou moins le même niveau de vie. Rares seront ceux qui répondront que le socialisme a pour objectif d’élever le niveau de production et la productivité du travail à un niveau tel que la répartition des biens de consommation entre les individus ne provoquera plus de conflit social et ne sera même plus une préoccupation sociale.
Mais c’est notre but ultime. Pour l’atteindre, toute une période historique relativement longue sera malheureusement nécessaire une fois que la classe capitaliste aura été expropriée par la révolution socialiste prolétarienne. Dans cette société-là en transition vers le socialisme, la pénurie économique – et donc certaines formes d’inégalité économique – continuera d’exister. Lorsque vous y réfléchissez, c’est forcément vrai au niveau international. Cela prendra des générations au sein d’une économie socialiste planifiée internationalement pour faire en sorte que le niveau de vie des populations de la Chine, de l’Inde et d’autres pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique atteigne celui de ce qu’on appelle les pays industrialisés.
Mais même dans un Etat ouvrier d’une zone économiquement avancée comme en Amérique du Nord ou en Europe, l’inégalité économique persisterait sous certaines formes. Marx en parlait dans sa Critique du programme de Gotha (1875). Les gens auraient encore à passer beaucoup de temps et d’énergie à faire ce que Marx appelait un travail aliéné, c’est-à-dire faire un travail qu’ils ne feraient pas s’ils n’étaient pas payés pour. Certains emplois sont physiquement plus durs, plus salissants, plus ennuyeux, plus désagréables ou, dans certains cas, plus dangereux que d’autres. Ainsi, les mineurs de charbon et les ouvriers du bâtiment seraient mieux payés que les informaticiens qui travaillent dans des bureaux confortables. Des travailleurs possédant des qualifications économiquement utiles obtenues grâce à un long apprentissage, comme par exemple des pilotes d’avion, seraient mieux payés que le personnel de bord et les bagagistes. Ce sont juste les frais généraux de ce que Marx appelait la première phase de la société communiste.
Il y a une autre source importante d’inégalité économique dans la première phase après la révolution prolétarienne. Un objectif essentiel, et un aspect fondamental, d’une société communiste aboutie est de remplacer la famille nucléaire par des institutions collectives pour l’éducation et la garde des enfants par la société. Mais cette transformation, la plus fondamentale de toutes, nécessitera là encore le travail de plusieurs générations. Pendant toute une période historique, la famille demeurera l’unité sociale de base et donc l’unité économique et financière de base.
Prenez par exemple deux familles qui ont toutes deux un revenu annuel de 70 000 dollars. La première a un enfant et la seconde a trois enfants. La première famille a un niveau de vie un peu plus élevé. La différence ne sera jamais aussi grande que sous le capitalisme. Les soins médicaux seront gratuits. Le logement sera bon marché. L’enseignement sera gratuit et de qualité, de la crèche jusqu’à l’université et au-delà. Mais le revenu ne sera pas simplement proportionnel à la taille de la famille. Encore une fois, Marx mentionnait ceci dans sa Critique du programme de Gotha.
La planification économique par la démocratie ouvrière
Eliminer l’inégalité économique sous toutes ses formes exige que l’on éradique la pénurie économique en élevant progressivement le niveau de production. Pour y parvenir, il faudra prélever une partie de la production sociale totale et l’investir pour développer l’appareil de production avec la technologie la plus moderne.
Mais nous avons là une contradiction. Plus l’Etat ouvrier dépense de ressources à construire de nouvelles usines, à moderniser les usines actuelles, développer et moderniser les infrastructures (c’est-à-dire les réseaux électriques, les systèmes d’adduction d’eau, les autoroutes et les voies ferrées), moins il pourra dépenser pour la consommation familiale et individuelle. Donc il devra faire un choix entre augmenter légèrement le niveau de consommation à court terme et augmenter fortement le niveau de consommation à long terme.
En l’absence d’une révolution socialiste internationale dans les pays capitalistes avancés, ce choix serait particulièrement douloureux et source de conflits au sein d’un Etat ouvrier économiquement arriéré et nationalement isolé. Mais même dans un futur Etat ouvrier aux Etats-Unis ou en Europe occidentale, doté de ressources bien plus importantes, la répartition entre consommation et investissement resterait une question politique épineuse qui risque de polariser de façon importante la classe ouvrière. « Je veux avoir tout ce que je peux et tout de suite, mon pote, pas dans dix ou vingt ans. Qui sait si je serai en vie à ce moment-là. » Vous allez entendre ce genre d’arguments.
Pour que les organes démocratiques du gouvernement ouvrier puissent prendre des décisions rationnelles en ce qui concerne la répartition de la production totale entre la consommation et l’investissement, il faut pouvoir quantifier le rapport entre les deux. Si nous accroissons l’investissement dans la production de 13 à 15 % de la production totale, quelle sera l’augmentation de biens de consommation dans 5 ans, 10 ans ou 15 ans ?
Heureusement pour nous, les questions de ce type ont été discutées et étudiées en profondeur en Union soviétique dans les années 1920. Cela a donné lieu à une riche littérature économique écrite d’un point de vue marxiste dans le cadre du débat et de la lutte fractionnelle à propos de la mise en place d’une économie collectivisée et centralement planifiée. Un économiste soviétique du nom de G.A. Feldman a développé un modèle théorique pour une planification économique à long terme, c’est-à-dire couvrant une période de 20 à 40 ans. A mon avis, l’œuvre de Feldman « A propos de la théorie des taux de croissance du revenu national » est une contribution extrêmement importante à la compréhension marxiste de l’économie de la période de transition. Vous pouvez en trouver la traduction en anglais dans Foundations of Soviet Strategy for Economic Growth [Les fondements de la stratégie soviétique pour la croissance économique] (1964) édité par Nicolas Spulber.
Feldman a adapté à une économie collectivisée et centralement planifiée un modèle développé par Marx bien avant lui, tout en y apportant certaines modifications et additions importantes. Dans le deuxième livre du Capital, Marx développe un modèle théorique de développement de la production sous le capitalisme. Marx divise l’économie en deux secteurs fondamentaux : les biens de consommation et les biens de production (ou d’équipement). Les biens de consommation et les services à la personne sont ceux qui satisfont directement les besoins et les désirs personnels. Une chemise est un bien de consommation. La machine à coudre pour fabriquer la chemise est un bien de production, de même que le métier à tisser le coton avec lequel on produit le tissu de la chemise. Le pain est un bien de consommation. Le four dans lequel on le cuit et la moissonneuse-batteuse qui sert à récolter le blé ou l’avoine dont le pain est composé sont des biens de production.
Feldman a développé le modèle de Marx pour l’appliquer à un Etat ouvrier en divisant le secteur des biens de production en deux sous-secteurs fondamentaux. Il y a les biens de production qui servent à fabriquer des biens de consommation et il y a les biens de production qui servent à fabriquer d’autres biens de production. Une machine à coudre est un exemple du premier secteur. Les machines-outils comme les tours qui servent à fabriquer des machines, y compris des machines à coudre, appartiennent au second secteur. Beaucoup de biens de production ne sont pas dédiés à une technologie spécifique ; ils peuvent être utilisés pour développer le secteur des biens de consommation ou pour augmenter la capacité du secteur des biens de production. Une aciérie peut servir à fabriquer des automobiles ou du matériel de construction. Une bétonnière ou un engin de terrassement peut servir à construire des immeubles d’habitation ou des usines. Une centrale hydroélectrique peut fournir l’électricité nécessaire au fonctionnement d’appareils ménagers tout comme à celui des chaînes d’assemblage d’une usine.
Ainsi, il y a deux facteurs fondamentaux qui déterminent le taux de croissance de la production totale de biens de production et celui de la production d’articles de consommation. Le premier est la répartition de la production totale entre le secteur des biens de consommation et celui des biens de production. Le second est la répartition au sein du secteur des biens de production entre ceux destinés à produire les biens de consommation et ceux destinés à produire d’autres biens de production.
Prenez deux économies socialistes qui toutes deux augmentent de 25 % la production totale dans le secteur des biens de production. Dans la première, 75 % de cet investissement dans les biens de production est destiné à développer la production du secteur des biens de consommation et, dans la seconde, 50 %. Dans la première économie, la consommation va augmenter plus vite au début du plan économique mais plus lentement par la suite. Dans la seconde, c’est exactement le contraire. En ajustant les proportions, il est possible de développer une série de plans économiques alternatifs, depuis ceux qui développent au maximum la consommation à court terme jusqu’à ceux qui accroissent au maximum les ressources productives (et par conséquent la consommation) à long terme.
L’autorité en charge de la planification soumettrait une série de, disons, six plans alternatifs pour débat et décision à l’organe le plus élevé d’un gouvernement ouvrier, c’est-à-dire l’assemblée centrale des conseils ouvriers. Cela va probablement donner lieu à controverse. Des délégués vont argumenter : « Nos ouvriers et nos pauvres viennent juste d’accomplir une révolution. Ils attendent et exigent une amélioration importante et spectaculaire de leur niveau de vie, pas seulement des promesses d’amélioration importante dans 15 ou 20 ans. Nous voulons le plan A. » D’autres délégués diront : « Voyons plus loin que le bout de notre nez. Notre objectif est de développer la capacité de production et le rendement du travail. Le plan C est le mieux adapté. Bien sûr, au tout début, la consommation va augmenter plus lentement qu’elle ne l’aurait fait autrement, mais nous pensons que c’est le prix que nous voulons payer. »
Une fois que le taux de croissance à long terme de la production totale ainsi que de celle des moyens de production et celle des articles de consommation est établi, il est alors possible d’élaborer un plan économique détaillé pour les différentes périodes à venir – un an, deux ans, cinq ans. Disons qu’un plan est approuvé par l’assemblée centrale des conseils ouvriers. D’après ce plan, dans cinq ans, le revenu par habitant sera équivalent à 60 000 dollars. En s’appuyant sur les habitudes des consommateurs et les enquêtes de consommation, et après avoir consulté les coopératives de consommateurs, on peut prévoir plus ou moins précisément le modèle de base qui correspond à ce niveau de revenu. Par exemple, une estimation de 15 000 dollars pour le logement, 10 000 dollars pour la nourriture, 10 000 dollars pour la voiture et autres moyens de transport, etc.
Il y a un autre élément crucial de la planification économique dans un Etat ouvrier, particulièrement dans les pays les plus développés comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou le Japon : il faut investir une partie de la production totale pour approvisionner en ressources essentielles, en argent et savoir-faire technologique les pays sous-développés afin de les aider à élever qualitativement le niveau de leur production pour progresser sur la voie du socialisme.
Pour le marché comme base de calcul et non la concurrence sur la base du marché
Une fois qu’on a établi le schéma de base prévu pour les produits finis, il devient alors possible de déterminer la quantité de matières premières et de produits intermédiaires nécessaires. Combien faut-il d’acier, d’aluminium et autres métaux ? Combien de plastique, de tissu en coton et en synthétique, de ciment, de caoutchouc et ainsi de suite ?
En fait, la technique et les informations pour répondre à ces questions existent déjà. Il y a des modèles théoriques et des études empiriques pour établir la relation entre la production de matières premières et celle de produits intermédiaires qu’il faut pour obtenir un éventail donné de produits finis. Cela s’appelle l’analyse entrées-sorties. Il est remarquable que Wassily Leontiev, celui qui a établi la théorie de l’analyse entrées-sorties et qui a fait les premières recherches dessus, avait été étudiant à l’université de Leningrad au milieu des années 1920. Donc il est clair que s’il a développé l’analyse entrées-sorties, c’était sous l’influence des discussions et des débats enrichissants qui avaient lieu parmi les économistes et autres intellectuels soviétiques sur la façon dont devait fonctionner en pratique une économie collectivisée et centralement planifiée.
Au début des années 1930, Trotsky critiquait énormément l’aventurisme économique destructeur et le dirigisme bureaucratique du régime de Staline. Au milieu d’un article qui s’en prenait à ceux-ci, Trotsky fit une sorte de déclaration de principes généraux : « Seule l’interaction des trois éléments suivants, planification d’Etat, marché et démocratie soviétique, permettra de diriger correctement l’économie de l’époque de transition » (« L’économie soviétique en danger », octobre 1932). Ceci vaut aussi bien pour l’Etat ouvrier américain à venir que pour l’Union soviétique d’alors. En 1932, l’Union soviétique était un Etat ouvrier dégénéré dirigé par une bureaucratie stalinienne parasitaire et conservatrice et l’on peut présumer que ce ne serait pas le cas d’un Etat ouvrier issu d’une révolution prolétarienne aux Etats-Unis.
J’ai principalement abordé jusqu’à présent les aspects de la planification étatique. J’ai introduit la question de la démocratie ouvrière principalement en termes de qui décide en dernier ressort des paramètres fondamentaux de croissance économique. Mais je n’ai pas encore parlé du rôle du marché. C’est une question compliquée. Là où le marché est important et, à certains égards, dominant, c’est lorsqu’il faut décider en quelle proportion il faut produire les différents biens de consommation.
Il existe littéralement des dizaines de milliers de modèles, de styles et de tailles de vêtements. J’en ai fait la douloureuse expérience il y a quelques semaines quand j’ai aidé ma fille à déménager dans un nouvel appartement avec son petit ami. Je vous jure qu’elle a au moins 80 paires de chaussures, toutes de styles différents. Il y a des milliers de modèles différents d’appareils ménagers, d’ustensiles et de meubles. Même dans une économie collectivisée, il y aura des dizaines de sortes et de modèles de voitures. Tout le monde ne voudra pas conduire le même genre de voiture. Et donc cela ne tient pas debout d’imposer un plan détaillé, même à court terme, pour la production des biens de consommation. La production devra être constamment ajustée à la structure changeante de la demande.
Cependant, coordonner rapidement et efficacement l’offre et la demande au sein d’une économie collectivisée n’exige pas une concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Dans des Etats ouvriers à direction stalinienne comme l’ex-Union soviétique ou la Chine aujourd’hui, les termes « socialisme de marché » et « réformes de marché » signifient soumettre les entreprises à la concurrence des unes avec les autres. Les directeurs d’usine ont le pouvoir de décider ce qui va être produit et en quelle quantité et ils reçoivent l’ordre de vendre leurs produits au prix le plus élevé possible sur le marché, que ce soit aux consommateurs ou à d’autres entreprises. L’objectif déclaré est de maximiser la rentabilité de l’entreprise et, d’habitude, le revenu des directeurs et aussi celui des ouvriers sont liés à la rentabilité (ou à l’inverse aux pertes). Nous sommes contre ce système parce qu’il reproduit une bonne partie des inégalités et des aspects irrationnels du système de marché capitaliste.
Pour rendre hommage à ma fille, je vais donner l’exemple de l’industrie de la chaussure fonctionnant dans les conditions du « socialisme de marché » dans un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé tel que la Chine. Prenons deux usines de chaussures – nous les appellerons A et B – et toutes les deux produisent des paires de chaussures de ville standard pour hommes (que personne dans cette salle n’a probablement jamais portées ni n’a l’intention de porter). Disons que l’usine A est relativement neuve et donc ses machines sont beaucoup plus avancées sur le plan technologique que celles de l’usine B. Par conséquent, l’usine A peut produire les mêmes paires de chaussures en utilisant 25 % en moins de temps de travail que l’usine B.
Le prix du marché pour une paire de chaussures est égal au coût moyen de production dans toute l’industrie. L’usine A produit en dessous du coût moyen et donc en tire un joli profit. Ses directeurs s’octroient une bonne paye et des primes, et ses ouvriers obtiennent aussi des augmentations de salaire significatives car elle est rentable. De l’autre côté, l’usine B, qui fabrique la même chose, perd continuellement de l’argent parce que ses coûts sont au-dessus de la moyenne du secteur et des prix en cours sur le marché. Si le gouvernement ne se met pas à subventionner cette usine, certains ouvriers seront licenciés ou l’ensemble des ouvriers vont devoir accepter des réductions de salaires et de leurs avantages sociaux, tout comme sous le capitalisme, bien qu’ils n’y soient pour rien.
Nous sommes contre la concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Nous sommes pour utiliser le marché comme base de calcul mais pas pour la concurrence sur la base du marché. Nous sommes pour ce qu’on pourrait appeler un système de marché à direction centralisée dans le domaine des articles de consommation. Comment cela fonctionnerait-il ? Revenons encore à mon exemple de l’industrie de la chaussure. On aurait un organisme central de distribution coordonnant la production de plusieurs usines de chaussures. Il fournirait les chaussures aux commerces de détail et aux coopératives de consommateurs. Vous pouvez même les acheter par Internet.
Disons que, du fait d’une erreur de calcul ou d’une fluctuation de la demande, il y a trop de chaussures de ville et pas assez de chaussures de sport (chaussures de course, de randonnée, de basket, notamment celles qui sont approuvées par Michael Jordan). Donc, que se passe-t-il avec ce système ? Les directeurs de l’organisme de distribution téléphonent à quelques usines et disent : « Bon, réduisez la production de chaussures de ville, augmentez la production de chaussures de sport. Si vous avez besoin de machines spéciales qui vous font défaut, si vos ouvriers ont besoin d’un recyclage professionnel, pas de problème. Nous vous le fournirons. » C’est tout. L’argument fondamental, c’est que la direction reste centralisée mais qu’elle utilise le marché comme base de calcul afin d’ajuster l’offre à la demande dans ce secteur particulier.
Syndicalisme ou gouvernement ouvrier
Quelle est maintenant la différence entre notre programme marxiste et le programme syndicaliste en ce qui concerne l’organisation de l’économie après la révolution ? Avant la Révolution bolchévique de 1917, le syndicalisme révolutionnaire représentait, à gauche, la principale alternative au marxisme. Certains des premiers dirigeants du mouvement communiste qui devinrent par la suite des partisans de l’Opposition de gauche trotskyste ne commencèrent pas comme marxistes mais comme syndicalistes révolutionnaires : James P. Cannon aux Etats-Unis, Alfred Rosmer en France, Andrés Nin en Espagne.
L’essentiel du programme syndicaliste pour la réorganisation postcapitaliste de l’économie, c’est que les ouvriers doivent avoir tout le pouvoir de décision au sein d’entreprises autonomes ou, au moins, dans certains secteurs de l’économie. Aucun pouvoir gouvernemental ne serait placé au-dessus de celui des syndicats industriels. On peut dire que le syndicalisme est une version industrielle ou prolétarienne de l’anarchisme. Un intellectuel anarchiste britannique, George Woodcock, en a donné une description dans les années 1940 :
« Le syndicat, d’un autre côté, repose sur l’organisation des ouvriers par industrie sur le lieu de travail. Les ouvriers de chaque usine, entrepôt ou ferme constituent une unité autonome qui dirige ses propres affaires et qui prend toutes les décisions relatives au travail à faire. Ces unités sont organisées sur une base fédérale en associations industrielles afin de coordonner l’action des ouvriers de chaque industrie. L’organisation fédérale n’exerce aucun pouvoir sur les ouvriers dans aucun secteur industriel et ne peut pas imposer son veto à une mesure comme le fait l’exécutif d’un syndicat. »
– George Woodcock, Railways and Society [Les chemins de fer et la société] (1943), cité dans son Anarchist Reader [Anthologie de l’anarchisme] (1977)
En d’autres termes, le programme anarchiste bakouninien classique d’une fédération de communes autonomes est ici remplacé par une fédération d’entités économiques autonomes, industrielles ou autres.
De nos jours, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, nous ne rencontrons à ma connaissance nulle part des tendances syndicalistes importantes et nous ne sommes nulle part en concurrence avec de telles tendances. Donc, pourquoi est-ce que je veux parler du syndicalisme ? J’ai deux raisons. La première, c’est que, s’il y a un regain important de luttes ouvrières aux Etats-Unis, beaucoup de jeunes de gauche radicaux qui se situent actuellement autour du milieu anarchiste deviendront ouvriéristes. Faites-moi confiance là-dessus, j’ai vécu cela. Par conséquent, ils seront partisans d’une sorte de programme syndicaliste, c’est-à-dire un amalgame d’anarchisme et d’ouvriérisme.
L’autre raison, c’est la Chine. Lorsque la situation politique va s’ouvrir en Chine, et cela va arriver, je pense que les idées syndicalistes, et même des tendances syndicalistes, peuvent gagner la sympathie de certains ouvriers chinois. Les ouvriers chinois ont déjà fait l’expérience de fortes doses de capitalisme et, d’après les témoignages qu’on peut en avoir, ils n’aiment pas cela. En même temps, il se peut que beaucoup d’ouvriers chinois identifient le marxisme-léninisme et la planification centralisée au dirigisme bureaucratique, sans parler de la corruption. Et donc, quand il y aura une ouverture, certains ouvriers ainsi que des intellectuels de gauche chinois pourront se dire : « Débarrassons-nous des capitalistes et des bureaucrates du PCC et les ouvriers vont prendre les choses en main et diriger eux-mêmes les usines, les chantiers de construction, les mines de charbon et les chemins de fer. »
Il n’a jamais existé et il n’existera jamais d’économie organisée selon les principes syndicalistes, tout comme il n’a jamais existé et il n’existera jamais de société organisée selon les principes anarchistes. Mais si nous rencontrons un militant de gauche sérieux qui défend un programme syndicaliste, il ne suffit pas de dire qu’un tel programme ne pourra jamais se réaliser. Nous voulons aussi le convaincre que, même si c’était possible, si on l’appliquait en pratique cela irait à l’encontre des intérêts des ouvriers et de la société dans son ensemble.
Le problème avec le syndicalisme ressemble beaucoup à celui qu’il y a avec le « socialisme de marché ». Un programme syndicaliste reproduirait obligatoirement beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme. Si les unités économiques sont vraiment indépendantes les unes des autres, elles ne peuvent entrer en interaction que selon les règles du marché déterminées par la modification constante de l’offre et de la demande. Inévitablement, cela signifie que certains ouvriers doivent se retrouver au chômage ou subir des pertes de revenu quand le marché se retourne contre eux.
Au risque de passer pour un fétichiste de la chaussure, laissez-moi reprendre l’industrie de la chaussure. (Vous vous apercevez à quel point porter des cartons de chaussures dans les escaliers pendant 15 jours m’a ramolli le cerveau !) Cette fois-ci, nous allons l’examiner d’après le modèle d’une économie syndicaliste. L’industrie de la chaussure est organisée dans un seul syndicat industriel autonome. Ce dernier tire ses revenus de la vente de chaussures aux particuliers et aux magasins. De son côté, il achète du cuir, du caoutchouc, du plastique et autres matériaux à d’autres syndicats autonomes.
Imaginons qu’il y ait un surplus de cuir. On a produit plus de cuir qu’il n’en faut au syndicat de l’industrie de la chaussure en fonction du volume actuel de sa production et de la demande des consommateurs. Les directeurs du syndicat de la chaussure disent à leurs homologues de l’industrie du cuir : « Nous n’avons besoin que de 80 % de votre cuir, nous n’allons pas en acheter plus car il ne nous en faut pas davantage. » Alors, que va-t-il se passer ? Ces entreprises sont autonomes les unes par rapport aux autres. Certains ouvriers de l’industrie du cuir vont devoir être mis au chômage ou, à défaut, ils vont devoir accepter une réduction de leur salaire et de leurs avantages sociaux car le secteur a des revenus en baisse.
Pour le contrôle de la production par la démocratie ouvrière
Même si ceux qui défendent le syndicalisme pensent qu’ils sont farouchement anticapitalistes, leur programme reproduirait dans les faits beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme, malgré toutes les bonnes intentions. Nous sommes contre le programme syndicaliste de l’autogestion ouvrière des entreprises. Mais nous sommes en faveur de la participation démocratique maximale des travailleurs dans les décisions à prendre au niveau de l’usine, du chantier de construction, de l’entrepôt, du supermarché ou de l’aéroport. Le chapitre sur l’Union soviétique du Programme de transition écrit en 1938 déclare : « Les comités d'usine doivent reprendre le droit de contrôle sur la production. » Voilà notre programme non seulement dans le passé mais aussi pour l’avenir.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? En quoi est-ce différent du programme syndicaliste d’autogestion ouvrière ? Ce que nous entendons par contrôle ouvrier dans une économie socialisée, c’est que les représentants démocratiquement élus des ouvriers auront officiellement une voix consultative dans toute décision économique concernant l’entreprise ainsi qu’aux niveaux plus élevés. Disons que le Ministère de l’Industrie responsable de l’aéronautique propose de dépenser quelques centaines de millions de dollars pour la rénovation d’une vieille usine en remplaçant ses machines obsolètes par des équipements plus modernes. Les directeurs, les ingénieurs et les techniciens vont se réunir avec le comité d’usine élu et ils vont ensemble mettre au point un plan pour rénover l’entreprise. Ce plan sera présenté au Ministère de l’Industrie. Il ne sera pas simplement imposé d’en haut sans que les ouvriers aient leur mot à dire.
Il y a un autre domaine important où les comités d’usine élus joueraient un rôle important, y compris en remplaçant même une intervention directe de l’encadrement, c’est le maintien de la discipline dans le travail. Comment faire avec un perpétuel tir-au-flanc ou un ouvrier si incompétent qu’il perturbe la production et peut-être même met en danger d’autres ouvriers ? Comment faire avec un ouvrier qui abuse des congés maladie, qui se met en maladie simplement parce qu’il veut se prendre une journée pour aller à la pêche ? Il est bien préférable que ceux qui traitent ce genre de problème soient des représentants directs des ouvriers qui sont politiquement plus conscients et plus responsables socialement.
Au fond, une économie collectivisée et centralement planifiée n’est en rien incompatible avec une participation très complète et active des ouvriers aux niveaux les plus fondamentaux de l’économie, ni avec l’élection des délégués dans les soviets.
Mais, à l’opposé des systèmes d’« autogestion ouvrière », le contrôle ouvrier au sein d’une économie socialiste ne donne pas le pouvoir aux comités d’usine individuels d’avoir le dernier mot concernant l’ampleur ou la composition des investissements, étant donné que des groupes particuliers d’ouvriers ne peuvent prétendre s’arroger sans limite le budget de l’Etat, c’est-à-dire le surplus social collectif. Avant de distribuer sa part à chaque ouvrier, il faut déduire de la production sociale totale les ressources pour le remplacement et l’extension des moyens de production, les dépenses pour les personnes âgées et les handicapés, pour l’éducation et pour la santé, etc. Comme l’a fait remarquer Marx : « Ce qui est enlevé au producteur, en tant qu'individu, il le retrouve directement ou indirectement, en tant que membre de la société. »
Comme le disait Isaac Deutscher dans son discours « De l’Homme Socialiste » (1966) :
« Nous ne soutenons pas que le socialisme puisse résoudre tous les problèmes de la race humaine. Nous luttons tout d’abord contre les problèmes qui sont créés par l’homme et que l’homme peut résoudre. Trotsky parlait ainsi des trois tragédies dont souffrait l’humanité : la faim, le sexe et la mort. La faim est l’adversaire dont le marxisme et le mouvement ouvrier moderne relèvent le défi […]. Oui, le sexe et la mort poursuivront encore l’Homme Socialiste ; mais nous sommes convaincus qu’il sera mieux équipé que nous pour leur faire face. »
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/198/transition.html
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La Chine n’est pas capitaliste - La Chine et l’économie mondiale : le mythe et la réalité (Décembre 2015)

https://archive.is/bVCG1
Le Bolchévik nº 214 Décembre 2015
Nous reproduisons ci-dessous le texte, revu et corrigé pour publication, d’un exposé présenté en septembre dernier à New York par Bruce André, membre du comité de rédaction de Workers Vanguard, journal de la Spartacist League/U.S. Dans son exposé, notre camarade démonte quelques-uns des mythes les plus répandus dans la presse au sujet de l’économie chinoise et il explique un certain nombre d’événements survenus récemment dans ce domaine.
Pour comprendre l’économie chinoise, il faut partir du fait que, contrairement aux allégations de la plupart des commentateurs bourgeois ou prétendument socialistes, la Chine n’est pas un pays capitaliste. La Révolution de 1949 a mis fin au pouvoir de la bourgeoisie et des propriétaires terriens chinois, et elle a libéré le pays de l’esclavage impérialiste. Par la suite, la création d’une économie collectivisée et planifiée a jeté les bases d’un développement industriel accéléré, avec d’immenses acquis pour les masses ouvrières et paysannes qui, jusque-là, vivaient dans la misère. La Révolution chinoise a été menée par l’Armée populaire de libération de Mao Zedong, basée sur la paysannerie ; elle a créé un Etat ouvrier, mais celui-ci était dès sa naissance déformé, du fait qu’il avait à sa tête la bureaucratie parasite du Parti communiste chinois (PCC). Malgré une percée considérable du capitalisme au sein de l’économie, la Chine demeure un Etat ouvrier ; le noyau dur de son économie reste collectivisé – notamment les banques et les grandes industries, qui sont nationalisées. Une petite classe capitaliste a bien fait son apparition en Chine continentale, mais elle ne détient pas le pouvoir d’Etat.
Les impérialistes, qui avaient « perdu la Chine » en 1949, sont déterminés à la reprendre, afin de pouvoir à nouveau exploiter à volonté les masses chinoises. On peut le voir avec les agressions militaires américaines croissantes contre la Chine, qui se concentrent en ce moment en mer de Chine du Sud. La dernière en date de ces provocations a été l’annonce par les Etats-Unis d’exercices navals pendant deux semaines début novembre « à l’intérieur de la zone des 12 miles nautiques que la Chine revendique comme la limite de ses eaux territoriales autour de plusieurs des îles qu’elle a construites dans l’archipel des Spratly » (Financial Times, 8 octobre). Cette agressivité militaire s’accompagne de pressions économiques. Le projet de Partenariat transpacifique (PTP) porté par l’administration Obama consiste à créer un bloc contre la Chine dominé par l’impérialisme américain et japonais, incluant neuf autres pays capitalistes ainsi que le Vietnam, un Etat ouvrier déformé.
La Ligue communiste internationale s’oppose au PTP ainsi qu’aux manœuvres militaires américaines : nous sommes pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre les impérialistes et les autres Etats capitalistes, et contre la contre-révolution intérieure. En même temps, nous ne donnons aucun soutien politique au régime du PCC, que le prolétariat chinois doit balayer par une révolution politique qui créera un régime de démocratie ouvrière ayant pour programme la révolution socialiste mondiale.
Depuis l’époque de Mao jusqu’à aujourd’hui, la politique du PCC a été l’expression du dogme nationaliste stalinien que le socialisme – une société d’abondance matérielle marquée par la disparition des classes – peut être construit dans un seul pays, et même dans un pays aussi historiquement arriéré que la Chine. Ce programme est en totale contradiction avec le programme marxiste de révolution prolétarienne mondiale – la condition préalable à la création d’une économie internationalement planifiée qui éliminera la pénurie en s’appuyant sur les technologies les plus avancées. Or celles-ci sont actuellement concentrées dans les pays capitalistes avancés. Sous Mao, l’économie planifiée était massivement déformée par le régime de la bureaucratie, qui avait érigé l’autarcie économique en vertu. Pour corriger les déséquilibres engendrés par l’incurie bureaucratique et pour favoriser la modernisation et la croissance, les équipes dirigeantes qui se sont succédé depuis 35 ans ont introduit des réformes de marché, assoupli le contrôle étatique sur la production et le commerce. Les investissements capitalistes ont aussi été encouragés dans certaines régions.
Cette expérience est loin d’être particulière à la Chine. Dans notre série d’articles « Le socialisme de marché en Europe de l’Est » (voir le Bolchévik n° 87 à 89, octobre à décembre 1988), nous analysions les effets de mesures de ce type dans plusieurs Etats ouvriers déformés d’Europe de l’Est avant leur destruction par la contre-révolution capitaliste. Nous faisions remarquer que, dans le cadre du stalinisme, il y a « une tendance inhérente à remplacer la planification et la gestion centralisées par des mécanismes de marché. Puisque les gestionnaires et les ouvriers ne peuvent pas être soumis à la discipline de la démocratie des soviets (conseils ouvriers), la bureaucratie considère de plus en plus que la seule réponse à l’inefficacité économique est de soumettre les acteurs économiques à la discipline de la concurrence. » Nous renvoyons également nos lecteurs à notre article « Les “réformes de marché” en Chine » (le Bolchévik n° 177, septembre 2006).
L’été a été agité sur les marchés financiers ; certains ont beaucoup perdu, notamment des banques, des fonds spéculatifs et autres grands investisseurs capitalistes. Cela a donné lieu une nouvelle fois dans la presse bourgeoise à une pluie d’articles qui cherchaient à expliquer les problèmes de l’économie mondiale en invoquant la prétendue imminence d’une crise en Chine.
Le 24 août, après une série de fortes baisses à la Bourse de New York, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles a dégringolé de près de 600 points. Il se trouve que cela faisait suite à une série de ventes massives à la Bourse de Shanghai. La presse financière américaine a commencé à s’alarmer d’un « krach » supposé en Chine. Le Comité pour une Internationale ouvrière taaffiste [représenté par la Gauche révolutionnaire en France], qui prétend que le capitalisme a été restauré en Chine, évoquait de son côté la crainte de « récessions mondiale [sic] menée par la Chine » (« Economie mondiale : La crise chinoise crée la panique sur les marchés mondiaux », www.socialisme.be, article initialement publié le 25 août).
Bon, pour commencer, les ventes massives à Wall Street n’avaient fondamentalement rien à voir avec la Chine. C’était un exemple classique de bulle financière qui se dégonfle (jusqu’à un certain point). Depuis 2009 et jusqu’à l’année dernière, la Réserve fédérale a fait tourner la planche à billets à concurrence de 3 500 milliards de dollars, mis gratuitement à la disposition des banques et autres institutions financières. Celles-ci ont à leur tour investi en achetant des actions et d’autres actifs à risque aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, stimulant ainsi artificiellement l’économie mondiale. Beaucoup de ces bulles financières (sur les minerais et autres matières premières, les actions et obligations dans les pays du tiers-monde, etc.) sont en train de se dégonfler. Si le coup d’épingle qui a provoqué un dégonflage partiel de la bulle boursière américaine provient d’une chute de la Bourse de Shanghai, c’est un pur hasard, sans aucune signification économique sous-jacente. La piqûre d’épingle aurait tout aussi bien pu venir de rumeurs sur la politique de la Fed, ou d’à peu près n’importe quoi d’autre.
Deuxièmement, l’état de la Bourse de Shanghai ne dit rien sur l’état de l’économie chinoise dans son ensemble. Contrairement à la Bourse des Etats-Unis et autres puissances capitalistes, les fluctuations de la Bourse chinoise n’ont pratiquement aucun impact sur les décisions d’investissement dans ce pays. Seuls 5 % des financements du secteur privé chinois proviennent de la Bourse – sans parler du secteur étatisé qui est dominant ! Si les actions de la Bourse de New York perdaient 40 % de leur valeur en deux mois, comme cela s’est produit cet été à la Bourse chinoise, nous serions en présence d’une récession mondiale.
L’effondrement de la Bourse de Shanghai a été à n’en pas douter un coup dur politique pour le régime de Pékin, qui depuis plusieurs années encourageait la classe moyenne chinoise à arrondir ses fins de mois en investissant dans des actions, tout en prêchant que la Bourse était amenée à jouer un « rôle décisif » dans l’affectation des ressources. Cet engagement politique des bureaucrates de Pékin explique sans doute pourquoi depuis le début du krach, au moins de juin, ils ont déboursé la somme incroyable de 236 milliards de dollars, prélevés sur les précieuses réserves de devises du pays, pour essayer de soutenir les cours boursiers.
Troisièmement, même si l’effondrement de la Bourse de Shanghai reflétait une crise économique croissante en Chine, ce qui n’est pas le cas, cela ne ferait pas planer la menace d’une crise économique aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont un immense marché intérieur, qui représente environ 70 % du PIB. Les exportations américaines vers la Chine représentent seulement 1 % du PIB américain.
Le yuan et vous
Pendant ce temps, Pékin a dévalué le yuan à la mi-août en laissant le cours de sa devise baisser de 4,4 % en une seule semaine. La presse financière américaine a interprété cela comme un signe supplémentaire que l’économie chinoise entrait soi-disant dans une crise profonde. Cette dévaluation était présentée comme une réaction de panique de la part de Pékin, qui aurait cherché à enrayer un ralentissement économique en stimulant les exportations. (Une baisse du cours du yuan rend les exportations chinoises moins chères sur les marchés internationaux.) L’économiste indien Prabhat Patnaik argumente dans un article de la revue Monthly Review (« La dévaluation du yuan », 27 août) que « la dévaluation de la monnaie chinoise laisse présager une grave accentuation de la crise capitaliste mondiale ». Patnaik prédit une guerre monétaire où la Chine essaiera désespérément de rester à flot en augmentant ses exportations aux dépens de ses concurrents internationaux.
Il faut replacer cette dévaluation dans son contexte. En 2005, sous de fortes pressions américaines, la Chine avait de facto fixé le cours du yuan par rapport au dollar. Cela a eu pour effet une réévaluation continue du yuan pendant dix ans ; on peut parier que ce n’était pas exactement l’effet attendu par les responsables chinois. Quand la Réserve fédérale américaine a commencé, suite à la crise financière, à faire tourner frénétiquement la planche à billets, cela aurait logiquement dû conduire à un affaiblissement du dollar. Mais la stagnation économique au Japon et en Europe, sans parler de la crise sans fin de la dette grecque, a fini par faire apparaître le dollar comme une valeur refuge pour les capitalistes financiers du monde entier. Les capitaux ont afflué aux Etats-Unis, poussant à la hausse le dollar – ainsi que le yuan qui était fixé à lui. Cette hausse a nui aux exportations chinoises, car il devenait plus coûteux d’acheter des marchandises produites en Chine et dont le prix est libellé en yuans. C’était particulièrement vrai pour les importateurs européens et japonais, car l’euro et le yen se dépréciaient.
La meilleure manière d’évaluer l’impact économique sur la Chine est d’examiner l’évolution depuis dix ans du taux de change du yuan pondéré par le commerce extérieur. C’est le taux de change du yuan par rapport non seulement au dollar mais à un panier de devises où sont représentés les principaux partenaires de la Chine à hauteur de leur poids dans son commerce extérieur. Dans un article publié le 15 août dans The Economist, on trouve un graphique montrant qu’entre 2005 et la mi-2015 le taux de change pondéré du yuan a augmenté de rien moins que 50 %. Autrement dit, si l’on ne fait que prendre l’effet de la hausse du yuan sur cette période, cela a eu pour effet de renchérir en moyenne de 50 % les produits chinois sur le marché mondial.
Dans ce contexte, la dépréciation du yuan en août n’était pas exactement un bouleversement majeur. En fait, The Economist se demande s’il est même approprié de parler de dévaluation, faisant remarquer que la Banque populaire de Chine (la banque centrale) est initialement restée les bras croisés : elle a laissé le marché jouer un rôle plus grand pour déterminer le taux de change du yuan ; puis elle a rapidement fait machine arrière et dépensé plusieurs dizaines de milliards de dollars puisés dans les réserves de devises du pays pour soutenir le yuan et l’empêcher de baisser davantage. Comme l’explique The Economist : « La dévaluation initiale de 2 % ne faisait que compenser l’appréciation du yuan au cours des dix jours précédents, en termes de taux de change pondéré par le commerce extérieur. Le yuan est toujours 10 % au-dessus de son cours d’il y a un an par rapport aux devises des principaux partenaires commerciaux de la Chine. »
L’une des contraintes qui pèsent sur la Banque populaire de Chine, c’est qu’une dévaluation plus importante opérée d’un seul coup provoquerait des actions similaires de la part d’autres pays, ce qui neutraliserait l’effet de la dévaluation comme stimulant pour les exportations. Et si tout le monde était convaincu que le yuan allait connaître une série de dévaluations, cela accélérerait une fuite hors de Chine des capitaux qui est déjà préoccupante.
Tout ceci ne veut pas dire que la dépréciation du yuan, aussi limitée soit-elle, n’aura pas d’impact sur le commerce mondial. A la mi-2015, les exportations chinoises étaient en baisse de 8,3 % sur 12 mois, certainement du fait du ralentissement économique dans la plus grande partie du monde capitaliste. On peut s’attendre à ce que la dévaluation du yuan stimule un peu les exportations chinoises. En même temps, un certain nombre de pays asiatiques qui exportent beaucoup vers la Chine seront pénalisés dans des proportions variables – Taïwan, la Malaisie et la Corée du Sud exportent plus de 5 % de leur PIB vers la Chine.
En Europe, la dévaluation du yuan a fait chuter le cours en Bourse de certaines entreprises qui vendent leurs produits en Chine, car les investisseurs craignent qu’elles se mettent à perdre de l’argent. Mais le premier moment de panique passé, il n’est pas du tout évident que dans l’ensemble les entreprises européennes en souffriront beaucoup. La Chine est le plus gros marché pour les producteurs automobiles allemands, mais il s’avère que ces entreprises se sont largement couvertes contre ce genre de fluctuations monétaires. Et une proportion significative des automobiles qu’elles vendent en Chine sont produites sur place, ce qui atténue l’impact des fluctuations de taux de change. Le Wall Street Journal du 11 août citait avec approbation un analyste financier en vue qui affirme que l’impact global de la dévaluation sur l’industrie automobile allemande serait « dans les faits nul ».
Quelle crise ?
Ceci étant dit, l’affirmation maintes fois répétée que Pékin a dévalué le yuan afin de désamorcer une crise croissante en Chine n’a manifestement aucune base factuelle. Comme l’expliquait l’économiste Nicholas Lardy dans un éditorial du New York Times (26 août), parler de crise en Chine c’est « tirer la sonnette d’alarme pour rien ». Pratiquement tout le monde s’accorde à dire que le taux de croissance de l’économie chinoise tourne autour de 7 % par an, un niveau qu’aujourd’hui aucun pays capitaliste avancé ne peut même espérer atteindre. Certes, le taux de croissance phénoménal de la Chine est un peu moins élevé comparé à celui des dernières années (9,7 % en 2013 et 8,3 % en 2014). Mais il faut garder en tête que ces chiffres représentent la croissance de la Chine d’une année sur l’autre. Entre 2007 et 2013, la Chine a triplé sa production de biens et services. En 2014, la croissance chinoise représentait près de 40 % de toute la croissance économique mondiale. Autrement dit, une croissance de 7 % cette année représente une augmentation de production totale bien plus grande que les 14 % de croissance de 2007.
De plus, le tassement du taux de croissance n’est guère étonnant. Des taux d’investissements impressionnants décidés par l’Etat ont permis à l’économie chinoise de continuer son développement alors même que le monde capitaliste subissait les effets de la crise financière mondiale de 2008-2009. Ce gigantesque effort d’investissements dans le logement, les transports et autres immobilisations a représenté semble-t-il jusqu’à la moitié du PIB chinois, un niveau extraordinaire. En tout juste deux ans, de 2011 à 2012, la Chine a construit environ 3,8 milliards de mètres carrés de logements, assez pour loger confortablement plus de 100 millions de personnes. (Les taaffistes joignent leur voix à celle d’économistes néolibéraux, qui sont très à droite de néo-keynésiens comme Paul Krugman, pour fustiger le déficit budgétaire de Pékin. Leur article du 25 août ne répond pas à cette question évidente : comment se fait-il que la Chine « capitaliste » ait été la seule à progresser énormément pendant la crise financière mondiale ?)
On peut ajouter que la dévaluation du yuan arrive à un moment où Pékin met en place la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, et s’est déjà engagé à investir des centaines de milliards de dollars pour construire la « Nouvelle route de la soie » vers l’Europe à travers l’Asie centrale ainsi que des routes maritimes vers le sous-continent indien et l’Afrique. Tout ceci, ajouté à la multiplication des investissements chinois en Afrique et en Amérique du Sud, témoigne de l’extension internationale de l’empreinte économique et financière de la Chine, pas d’une crise économique en Chine.
Ceux qui proclament l’imminence d’une crise économique en Chine montrent du doigt les bulles spéculatives évidentes qui se sont développées dans ce pays, notamment sur le marché immobilier. Etant donné que le gouvernement dispose de plus de 3 000 milliards de dollars de réserves financières, un effondrement du système bancaire chinois est peu probable. Des articles récents expliquent que les programmes de stimulation économique de l’Etat ont abouti à un excédent de capacité de production industrielle, par exemple dans les cimenteries. Une économie planifiée sous la direction de conseils d’ouvriers et de paysans minimiserait ce genre de déséquilibres. En cas de capacités de production inutilisées, les ouvriers des industries nationalisées pourraient alors recevoir une nouvelle formation et être employés dans d’autres industries. De toute évidence, les entreprises privées ne peuvent et ne veulent pas faire cela.
Quelques perspectives et questions
Donc, que pouvons-nous dire sur l’état de l’économie chinoise ? Derrière les statistiques économiques, ce qui nous importe particulièrement c’est le potentiel d’une révolte ouvrière et d’une fracture politique au sein du régime du Parti communiste.
La première question est la suivante : avec le ralentissement relatif de la croissance économique exponentielle chinoise, y aura-t-il assez d’emplois pour empêcher un chômage de masse ? Regardons d’abord la répartition actuelle de la main-d’œuvre chinoise entre les principaux secteurs de l’économie. Il y a eu une forte diminution de la proportion de la population active employée dans l’agriculture, qui est passée de 47 % en 2004 à moins de 30 % dix ans plus tard. Cette diminution s’est accompagnée d’une augmentation jusqu’à 2011 environ de la part de la main-d’œuvre industrielle, qui s’est alors stabilisée autour de 30 %. Pendant cette même période, il y a eu une augmentation constante dans le secteur des services, qui est passé d’environ 30 % en 2004 à plus de 40 % en 2014.
Il faut noter un fait important au sujet de ces emplois dans le secteur des services : la productivité de la plus grande partie d’entre eux n’est probablement pas très élevée. En supposant que le secteur des services continue à croître, on peut imaginer que cela constituera un mécanisme efficace pour absorber les travailleurs quittant le secteur agricole, tout en contribuant à limiter le chômage. La condition préalable pour cela, c’est que le revenu individuel des consommateurs chinois soit suffisamment élevé pour soutenir l’expansion du secteur des services. Il semble que les choses aillent dans cette direction. La consommation individuelle semble être en bonne voie pour remplacer les investissements dans les infrastructures comme moteur principal de la croissance économique. En 2014, la consommation individuelle a représenté 51 % du PIB, en hausse de 3 points par rapport à 2013. Les ventes de voitures et d’appareils électroménagers, ainsi que l’ensemble des ventes au détail, ont augmenté. Dans la première moitié de cette année, la consommation individuelle a représenté 60 % de la croissance économique du pays.
Plus d’un tiers de la population active chinoise est constituée de travailleurs migrants venus des régions rurales ; ils représentent probablement la couche la moins bien payée des ouvriers de l’industrie. Pendant les années 1980 et 1990, les salaires réels des ouvriers chinois avaient très peu augmenté, malgré d’énormes gains de productivité – le simple transfert d’un travailleur d’une ferme dans un coin reculé de la campagne vers une usine en ville représente un énorme gain de productivité. Après 2009, les salaires des travailleurs migrants ont connu une augmentation spectaculaire – ils ont presque doublé en cinq ans. Cet accroissement du coût de la main-d’œuvre est un des principaux facteurs du ralentissement de la croissance tirée par les exportations de la Chine.
La question que tout cela pose à mon avis est la suivante : que va-t-il arriver quand le réservoir de travailleurs migrants commencera à se tarir ? Autant que je puisse dire, ce jour n’est pas nécessairement très éloigné. La tranche de la population chinoise âgée de 15 à 24 ans est passée de 250 millions de personnes en 1990 à environ 200 millions en 2015. C’est en partie l’effet de la politique de l’enfant unique décrétée par le régime. En 2014, le nombre de travailleurs migrants âgés de 16 à 20 ans était inférieur de 14,5 millions à celui de 2008, une chute de 60 %.
La population chinoise en âge de travailler, entre 16 et 60 ans, est actuellement d’environ 916 millions de personnes. Ce nombre est en diminution depuis trois ans, à un rythme qui s’accélère. En février 2015, le nombre total de travailleurs migrants quittant les zones rurales pour chercher du travail en ville a diminué de 3,6 % par rapport à l’année précédente. C’est la première fois qu’on enregistre une diminution du flot de travailleurs migrants. Pour le moment, le déclin du nombre de jeunes travailleurs migrants est compensé par une augmentation du taux d’activité des seniors. Entre 2008 et 2014, la proportion des travailleurs migrants de plus de 50 ans est passée de 11,4 % à 17,1 %. Entre 2013 et 2014, le nombre de travailleurs migrants de plus de 50 ans s’est accru d’environ 14,6 %, la plus forte augmentation en trois ans.
A mesure que le flot de travailleurs migrants venus des zones rurales commence à se tarir, le développement économique va dépendre de plus en plus fortement de l’augmentation de la productivité. Tout comme pour ce qui est d’améliorer la qualité des biens industriels, la bureaucratie est par nature mal préparée pour améliorer l’efficacité et l’innovation. Ce point a été expliqué par Léon Trotsky, par rapport à l’Union soviétique, dans la Révolution trahie (1936).
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Il faut défendre l’Etat ouvrier déformé chinois ! Pour la révolution politique prolétarienne ! Les « réformes de marché » en Chine (Part 2) (2006)

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Les dangers qui pèsent sur la Chine
En affirmant que la Chine est toujours un Etat ouvrier déformé, nous ne cherchons pas à nier ou à minimiser le poids social croissant à la fois des nouveaux entrepreneurs capitalistes en Chine continentale et de la vieille bourgeoisie chinoise expatriée à Taïwan ou ailleurs. La politique économique du régime stalinien de Pékin renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et des partis soutenus par l’impérialisme et qui deviendront ouvertement contre-révolutionnaires quand le PCC ne pourra plus maintenir son monopole actuel du pouvoir politique.
Essayant de refaire ce qui s’est passé pour la destruction contre-révolutionnaire de l’URSS dans les années 1991-1992, les impérialistes cherchent à promouvoir une opposition politique en Chine qui s’appuierait principalement sur la nouvelle classe d’entrepreneurs capitalistes, sur des éléments de la bureaucratie et la couche de managers, de membres des professions libérales et de technocrates qui est liée au capital local et étranger. En même temps, les impérialistes (en particulier américains) font monter la pression militaire sur la Chine. Ils essaient par exemple d’encercler la Chine avec des bases militaires, comme en Asie centrale. Ils ont passé un accord de défense du bastion capitaliste offshore qu’est Taïwan avec le Japon et viennent de mettre en place un commandement intégré contre la Chine avec l’armée japonaise à Yokohama. Contrairement à l’Iran, l’Inde n’a pas signé le fameux « traité de non-prolifération nucléaire », et l’autorisation que les USA lui ont donnée de développer l’arme nucléaire est clairement pour faire pression sur la Chine. Le Pentagone développe activement ses projets visant à se doter d’une capacité de première frappe nucléaire efficace contre l’arsenal nucléaire limité de la Chine.
La question de la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre les impérialistes n’est donc pas une question théorique seulement. C’est une question très concrète qui se pose quotidiennement au prolétariat international. Certes ici, en Europe, cela se remarque beaucoup moins car les pressions militaires de l’Europe (ou de la France) sont plus faibles dans la mesure où les impérialistes européens n’ont que des moyens militaires limités au niveau international pour intervenir dans le Pacifique (ce qui ne les empêche pas bien sûr d’envoyer des troupes à l’étranger dans leurs ex-colonies en Afrique ainsi qu’en Afghanistan, dans les Balkans, etc.). Face à de telles menaces, il est vital que la Chine modernise son armement. Face aux milliers de têtes nucléaires dont disposent les impérialistes, le développement de son armement nucléaire est aussi le seul moyen de les tenir sérieusement en respect. Mais la politique de la bureaucratie stalinienne, en affaiblissant le système de propriété nationalisée en Chine et en recherchant la conciliation avec l’impérialisme au niveau international, met en danger cette défense.
Les complices pro-impérialistes de la contre-révolution
Par rapport aux nombreux groupes qui se prétendent frauduleusement trotskystes ou influencés par le trotskysme et qui proclament que la « voie capitaliste » a triomphé de façon décisive en Chine, on peut dire globalement que, si c’était vrai, cela remettrait en question la nécessité et le caractère progressiste de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes ainsi que celle du pouvoir ouvrier. Car la Chine telle qu’elle existe aujourd’hui aurait un système capitaliste qui garantit la croissance rapide et ininterrompue des forces productives sans contractions cycliques (alors que, pour les marxistes, celles-ci sont inhérentes au capitalisme). En effet, depuis une vingtaine d’années, le taux de croissance de l’économie chinoise se situe entre 7 et 9 % par an, un rythme avec lequel les grandes puissances impérialistes ne peuvent rivaliser. Le poste le plus important des dépenses gouvernementales, et celui qui augmente le plus vite, se situe dans les investissements au niveau des infrastructures à un moment où le monde capitaliste tout entier s’adonne à l’austérité budgétaire. La Chine a traversé avec succès la crise financière asiatique de 1997-1998, puis la récession générale du monde capitaliste qui a suivi.
Le véritable objectif de ces réformistes, lorsqu’ils proclament que la Chine est déjà capitaliste, c’est de se donner une justification pour leur soutien aux forces anticommunistes pro-impérialistes à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, au nom de la promotion de la « démocratie » bourgeoise, tout comme ils avaient soutenu la contre-révolution « démocratique » de Boris Eltsine en URSS en 1991. Une minorité dans la direction du CIO de Peter Taaffe, auquel appartient la Gauche révolutionnaire en France, argumente au moins depuis 1998 pour que le CIO reconnaisse que la Chine est capitaliste, et elle a eu gain de cause récemment apparemment. Ils écrivent dans une brochure disponible sur leur site Internet Chinaworker : « Cela […] détermine quelle attitude le CIO, et au-delà de nous une partie importante du mouvement ouvrier international, doit adopter à l’égard du régime de Pékin. C’est un point de référence vital pour élaborer des perspectives pour l’avenir, par exemple lors de conflits internationaux, notamment dans le cas de Taïwan. […] En Chine, un régime que l’on pourrait décrire très bien comme nationaliste bourgeois s’est mis en place, qui joue un rôle de plus en plus impérialiste. Bien sûr il est impossible de parler d’impérialisme […] à moins qu’on accepte que le caractère de classe du régime chinois a changé. » Voilà qui a le mérite d’être explicite sur les motivations. Face aux possibilités grandissantes de conflit militaire, en particulier autour de Taïwan, les taaffistes ont changé de position pour se retrouver à défendre Taïwan contre les « impérialistes » chinois.
Taïwan est ethniquement, linguistiquement et historiquement chinois. Le 13 mars 2005, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan nous écrivions :
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
– cité dans le Bolchévik n° 172, juin 2005
On peut comparer avec Taaffe, le dirigeant du CIO, qui a écrit un article fin 2005 pour insister sur les droits « démocratiques » de Taïwan face à la Chine, ceci juste après que les militaires américains et japonais avaient signé leur accord dont je viens de parler. Taaffe écrit : « Néanmoins le régime chinois est une dictature. De plus, du point de vue des masses taïwanaises, celles-ci ne voudraient pas se mettre sous son contrôle, préférant les droits démocratiques, mêmes limités, dont elles bénéficient avec le régime démocratique bourgeois, ce qu’est le régime de Taïwan. » Les forces du CIO de Taaffe étaient littéralement sur les barricades d’Eltsine en Russie, avec le reste de la racaille contre-révolutionnaire en août 1991 ; ils ont directement pris part à la dévastation d’ordre historique qui a suivi la restauration capitaliste menée au nom de la « démocratie ». Nous avons au contraire lutté pour mobiliser la classe ouvrière soviétique pour balayer les barricades d’Eltsine et lutter pour une révolution politique prolétarienne. Et donc ici, sur la Chine, il n’est pas surprenant que les taaffistes continuent de semer les pires illusions dans le système capitaliste et la démocratie bourgeoise parlementaire. Taaffe déclare sans ambiguïté que le CIO sera à nouveau du côté des forces impérialistes et de leurs valets dans toute confrontation militaire avec la Chine.
La pénétration capitaliste en Chine
Les justifications pour affirmer que la Chine est déjà capitaliste sont basées sur le fait qu’il y a des capitalistes en Chine, que les entreprises d’Etat ont été restructurées, sur le fait que la propriété privée a été reconnue officiellement par le PCC, qu’il y a des Bourses, etc. Nous ne définissons pas la nature de classe de l’Etat, comme le font les réformistes, par le pourcentage de l’industrie nationalisée, par le nombre de services sociaux, d’éducation ou de santé gérés par l’Etat, mais à la lumière de l’élément déterminant qu’a été le renversement de l’Etat bourgeois chinois en 1949 et du fait que le capitalisme a été exproprié et l’Etat continue fondamentalement de défendre ces formes de propriété sociale.
Un élément clé pour nous, quand nous caractérisons la nature de classe maintenue de l’Etat ouvrier déformé chinois, c’est que la base du pouvoir politique de la bureaucratie stalinienne de Pékin continue de se trouver dans le noyau des secteurs collectivisés de l’économie chinoise. Aujourd’hui en Chine ils constituent le cœur de l’économie et ils continuent à dominer, même si ce n’est pas d’une manière particulièrement stable ou cohérente. En 2003, les entreprises d’Etat et celles contrôlées par le parti (sociétés par actions) employaient la moitié des ouvriers et employés chinois, et représentaient 57 % du produit industriel brut (McKinsey Quarterly, 2004).
Mais cette simple statistique masque la place stratégique de l’industrie d’Etat. Le secteur privé (incluant les entreprises étrangères) est constitué principalement d’industries légères utilisant beaucoup de main-d’œuvre et peu d’équipements lourds. L’industrie lourde, les secteurs de haute technologie, la production d’acier, des métaux non ferreux et des machines outils, les télécommunications, la production d’électricité, l’extraction pétrolière et gazière, le raffinage, les armements modernes, tout cela est essentiellement concentré dans les entreprises d’Etat.
Bien sûr, si la bureaucratie continue à préserver la propriété d’Etat, ce n’est pas parce qu’elle s’identifie subjectivement avec le socialisme, mais, comme l’écrivait Trotsky, seulement « par crainte du prolétariat ». Car la politique économique du régime du PCC est toujours contrainte par la terreur d’une agitation sociale – en particulier ouvrière, étant donné la taille et la puissance de la classe ouvrière – qui pourrait renverser son régime parasitaire. Les massacres perpétrés le 4 juin 1989 dans les quartiers ouvriers de Pékin ont été déclenchés par la bureaucratie quand la classe ouvrière chinoise a commencé à se mobiliser. Au début, les manifestations n’étaient qu’une agitation étudiante pour la libéralisation politique et contre la corruption. Quand les premières unités militaires ont été envoyées pour écraser les manifestations, elles ont au lieu de cela commencé à sympathiser avec elles. Puis des millions de personnes sont entrées en mouvement, avec au centre la classe ouvrière. Elle a commencé à se réunir en AG de masse, voire à créer un embryon d’organisation, de conseils ouvriers. C’est la possibilité que la classe ouvrière entre en scène qui a terrifié la bureaucratie et a amené la sanglante répression.
Comme nous le disons dans le Bolchévik (juin) à propos de la vague actuelle de mécontentement et de protestations contre les réformes du « socialisme de marché » :
« Cette agitation a provoqué, dans de nombreux forums et réunions organisés par le Parti communiste chinois (PCC), des débats entre les dirigeants de la bureaucratie qui veulent que l’“ouverture” économique se poursuive au même rythme, les “néo-marxistes” qui veulent que l’Etat intervienne davantage pour limiter les ravages des “réformes de marché”, et les “conservateurs” maoïstes qui cherchent à revenir à une économie bureaucratiquement planifiée. Le mois dernier une controverse a éclaté au cours d’une séance de l’organe législatif, l’Assemblée nationale populaire, autour d’une proposition de loi visant à protéger la propriété privée, qui a été finalement retirée. »
La Gauche révolutionnaire ou les pablistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) argumentent que le PCC agit maintenant comme un parti bourgeois parce qu’ils ont reconnu le droit à la propriété privée, que des entrepreneurs peuvent être membres du PCC, etc. Le CIO-GR considère que la Chine serait devenue capitaliste en 1992 (c’était « hybride » – c’est ce qu’ils disent – entre la fin des années 1980 et 1992). Mais aucun des faits qu’ils avancent pour ce changement ne correspond à cette date de 1992. La propriété privée, les Bourses, les entrepreneurs dans le PCC, tout cela s’est produit bien avant ou après. Les facteurs avancés dans la brochure sont … la destruction de l’URSS venant après les événements de Tiananmen : « le régime n’a pas vu d’autre alternative que de terminer la transition vers le capitalisme. »
Trotsky argumentait que ceux qui cherchaient à prouver que l’URSS (dans les années 1930) était capitaliste en fait déroulaient le fil du réformisme à l’envers. Les réformistes, ici, dans les pays capitalistes, expliquent qu’on peut changer la nature de l’Etat par des élections et une lutte parlementaire, ou par des pressions sur le parlement ou le gouvernement capitalistes. Le fil du réformisme à l’envers, c’est d’appliquer ce même réformisme à l’Etat ouvrier, c’est-à-dire que la nature de l’Etat ouvrier pourrait changer par simple décret ou lors d’un vote à un congrès. Il n’y a pas de lutte acharnée entre la classe ouvrière et les paysans et les contre-révolutionnaires, dans un sens ou dans l’autre. Le CIO-GR montre ici un magnifique exemple de ce « réformisme à l’envers » quand ils disent : « Le régime n’a pas vu d’autre alternative » et voilà, l’Etat a changé de nature.
Regardons d’un peu plus près l’économie de l’Etat ouvrier déformé chinois, ce qui est un devoir pour des marxistes sérieux qui le défendent.
Les banques. Un des moyens pour maintenir le contrôle de l’économie entre les mains de l’Etat c’est les banques. Les quatre plus grandes banques de Chine sont propriété d’Etat. Presque toute l’épargne des ménages – estimée à mille milliards de dollars – et tous les surplus générés en dehors des secteurs dont les propriétaires sont étrangers sont déposés dans ces quatre principales banques. Le contrôle exercé par le gouvernement sur le système financier est un élément crucial pour maintenir et augmenter la production dans l’industrie d’Etat et pour le développement global du secteur d’Etat. Le maintien dans le giron de l’Etat du système financier a jusqu’à présent permis au régime de Pékin de contrôler effectivement les flux de capitaux financiers en entrée et en sortie de la Chine continentale. La monnaie chinoise n’est pas librement convertible ; elle n’est pas échangeable (légalement) sur les marchés internationaux des devises. La convertibilité restreinte du yuan a protégé la Chine des mouvements volatiles des capitaux à court terme qui dévastent périodiquement les économies des pays néocoloniaux du tiers-monde, de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient. Même si le yuan a été légèrement réévalué depuis l’année dernière, le régime de Pékin le maintient largement sous-évalué (selon les critères du « marché libre »), au grand déplaisir des capitalistes américains, japonais et européens.
Derrière la pression actuellement exercée tant sur le yuan que sur les banques par les bourgeoisies américaine, européennes et japonaise, se profile une attaque plus fondamentale contre le système financier étatisé chinois. Les impérialistes veulent forcer le régime de Pékin à rendre le yuan totalement convertible, afin d’ouvrir sans restriction la Chine à la pénétration financière des banques de Wall Street, de Francfort et de Tokyo, ce qui serait un danger mortel.
Le secteur privé. Le contrôle exercé par le gouvernement sur les banques et le système financier permet de contrôler le secteur privé. En Chine, depuis une vingtaine d’années, une large part de l’industrie d’Etat – aussi bien en termes de nombre d’entreprises, de main-d’œuvre employée ou de volume de production – a été privatisée. Nos opposants disent que l’existence de ce secteur prouve la marche en avant de la restauration capitaliste.
Beaucoup de PME du secteur public ont été tout simplement vendues aux cadres qui les dirigeaient et qui sont souvent membres du PCC et conservent les mêmes liens qu’ils avaient auparavant avec le parti. Maintenant, il existe un secteur industriel purement privé, y compris avec quelques grands groupes (par exemple dans l’acier, dans l’automobile). Mais ce secteur purement privé est confronté au secteur bancaire d’Etat qui favorise les entreprises d’Etat. Si toutes les entreprises d’Etat qui n’ont pas remboursé leurs prêts bancaires et qui ne pouvaient pas les rembourser avaient été fermées, la Chine serait devenue depuis longtemps une zone de catastrophe économique. Mais au contraire, d’une manière totalement non planifiée, inadéquate et erratique, les prêts bancaires « non performants » se sont substitués au financement gouvernemental direct. C’est ainsi qu’en 1998-1999 la banque centrale a donné 200 milliards de dollars aux principales banques commerciales en échange d’un montant équivalent en « prêts non performants ». En 2003 et 2004, les deux plus grosses banques ont encore bénéficié chacune de 45 milliards de dollars de dotation.
Le système financier chinois repose sur deux facteurs principaux : 1) tout le monde sait que le gouvernement est derrière les banques ; 2) les banques privées, notamment occidentales, ne sont pas (encore) autorisées à leur faire concurrence. Si depuis début 2006 les banques des impérialistes peuvent acheter des morceaux des banques chinoises, il semble pour le moment que ce soit dans des conditions précises : elles ont des participations minoritaires et exceptionnellement seulement quelqu’un dans le conseil d’administration.
Quand une conférence du PCC a voté un amendement à la Constitution pour « protéger la propriété privée », certains groupes (comme les pablistes japonais – Kakehashi – ou le CIO) ont dit que cela prouvait leur évaluation que la Chine était devenue capitaliste. Ce nouvel amendement était en fait le reflet d’une réalité qui existait déjà. La propriété privée existe en Chine depuis des années. L’héritage existe depuis 1982. Avec cet amendement, la bureaucratie essaie d’assurer ses privilèges en reconnaissant légalement la propriété privée et le droit d’hériter. Ce n’est pas telle ou telle résolution adoptée par la bureaucratie, même si celles-ci représentent une évolution inquiétante, qui déterminera où va la Chine, mais le conflit social. La propriété privée en Chine est aussi instable que la bureaucratie elle-même. La propriété privée et les capitalistes existent en Chine aujourd’hui dans la mesure où la bureaucratie, agissant sous les pressions d’une part de l’impérialisme, de l’autre du prolétariat, les autorise à exister. La propriété privée soi-disant « inviolable » sera violée par la bureaucratie sous l’impact des menaces contre-révolutionnaires ouvertes des impérialistes et de la bourgeoisie ou, plus fondamentalement, par une classe ouvrière ascendante en lutte pour le pouvoir politique. Cela ne nous empêche pas de reconnaître que la politique économique du régime stalinien de Pékin d’encourager l’entreprise capitaliste renforce de plus en plus les forces sociales qui donneront naissance à des factions et partis soutenus par l’impérialisme et ouvertement contre-révolutionnaires.
La Bourse. Làencore c’est un argument des taaffistes et autres réformistes qui ne tient pas. Beaucoup d’entreprises d’Etat de plus grande taille ont été « privatisées » grâce à un système d’actionnariat. Sur les sociétés cotées dans les deux principales Bourses chinoises, le gouvernement détient soit une majorité des actions, soit une forte participation minoritaire. Mais même dans ce dernier cas, celles-ci restent de fait contrôlées par le gouvernement, parce que le PCC conserve le monopole du pouvoir politique. L’autorisation d’introduire une société en Bourse est donnée d’abord et avant tout aux sociétés d’Etat, ce qui prive les entreprises privées de financements facilement accessibles. C’est-à-dire que s’il n’y a pas de démocratie ouvrière en Chine, il n’y a pas non plus de démocratie des actionnaires. Les actionnaires des sociétés chinoises n’ont pas de droits de propriété au sens capitaliste. Ils ont le droit aux revenus de leurs actifs financiers, et ils peuvent vendre leurs actions. Mais ils ne peuvent pas déterminer, ni même influencer, la gestion et la politique des entreprises.
La poudrière
La situation en Chine reste donc extrêmement contradictoire et explosive. Malgré un taux de croissance de l’économie de presque 10 % par an depuis plus de 20 ans, tous les secteurs de la classe ouvrière n’ont pas bénéficié d’une amélioration de leurs niveaux de vie. Un des résultats des privatisations accompagnées de fusions et de fermetures, a été le licenciement de 20 à 30 millions d’ouvriers, de façon disproportionnée des femmes. Ceux qui ont la chance de retrouver du travail, essentiellement dans le secteur privé, ont dû accepter des salaires plus bas et n’ont aucun des avantages que leur fournissaient les entreprises d’Etat. Une des principales régions particulièrement dévastées au niveau économique a été la « ceinture rouillée » dans le Nord-Est dans laquelle une grande partie des anciennes usines industrielles étaient concentrées. Là, près de 40 % de la classe ouvrière est sans emploi.
Globalement le chômage est estimé varier entre 6 à 13 % de la population urbaine économiquement active. La Commission nationale du développement et de la réforme, un organisme gouvernemental supervisant la politique économique, prévoit que si l’économie se développe de 8 % cette année, cela génèrera 11 millions d’emploi en Chine, ce qui représente moins de la moitié des 25 millions officiels de chômeurs et de nouveaux demandeurs d’emploi dans les villes (Economist, 25 mars).
Entre 1999 et 2002 (d’après China Labor Statistical Yearbook, 2003), les salaires ont augmenté à un rythme de près de 12 %. Au cours des récentes années, des centres industriels majeurs comme Shenzhen ou Shanghaï ont commencé à subir une pénurie de travailleurs, en particulier parmi les travailleurs expérimentés. Une des conséquences est que les employeurs offrent des salaires plus élevés et de meilleurs avantages pour attirer les travailleurs. La presse a révélé que les entreprises chinoises, depuis quelques semaines, annoncent qu’elles sont obligées d’augmenter leurs prix de vente (de 10 voire 20 % parfois). Hong Liang, un économiste de la firme de Wall Street Goldman Sachs commentait ainsi : « Nous sommes en train de voir la fin de l’âge d’or des coûts extrêmement bas de la main-d’œuvre en Chine » (New York Times, 3 avril).
Comme je l’ai dit auparavant, le développement d’une classe ouvrière massive a entraîné une multiplication des luttes ouvrières. Cette classe ouvrière jeune, massive, n’a pas les illusions que les ouvriers en URSS ou en Allemagne de l’Est pouvaient avoir dans le capitalisme – ils sont tellement nombreux à avoir fait l’expérience directe ou indirecte des enclaves capitalistes. Les dizaines de milliers de grèves, de manifestations ou protestations des ouvriers et paysans chinois montre leur combativité. Mais ce qui manque à cette classe ouvrière, c’est un parti révolutionnaire pour la guider, pour lui donner conscience de ses tâches historiques, lui donner conscience de la nature de la bureaucratie et de pourquoi elle doit être combattue. Mais aussi lui donner conscience qu’elle doit défendre les acquis restants contre les impérialistes et leurs laquais.
En réaction à ces luttes de classe en plein essor, LO avance la construction de syndicats indépendants. Que la classe ouvrière chinoise s’organise de façon indépendante de la bureaucratie est essentiel à la révolution politique. Mais la revendication de « syndicats indépendants », quand elle se pose, doit être clairement reliée à la révolution politique prolétarienne et à la défense de la Chine contre les impérialistes ; sinon elle se transforme, comme cela a été le cas pour la Russie soviétique et l’Europe de l’Est, en cri de ralliement aux impérialistes ou leurs lieutenants ouvriers (comme les bureaucrates de l’AFL-CIO ou de Force ouvrière) qui utilisent cette revendication pour saper l’Etat ouvrier chinois et semer des illusions dans la « démocratie » bourgeoise.
Une composante vitale de la classe ouvrière sont les travailleurs migrants, dont beaucoup sont des femmes. Ceux-ci viennent de la campagne et se retrouvent à la tête des luttes ouvrières récentes. Dans le sud-est, beaucoup de jeunes femmes migrantes ont fait grève ou ont autrement refusé de travailler dans les conditions déplorables de travail des sweatshops, ce qui a provoqué une pénurie de main-d’œuvre depuis l’été 2004. A Shanghaï et Pékin, les travailleurs migrants, qui représentent 80 % de la force de travail dans l’industrie en plein boom du bâtiment, ont lutté et ont obtenu de meilleures conditions de travail.
Les restrictions sur l’exode rural vers les villes ont été assouplies ces dernières décennies, mais elles n’ont pas été éliminées. Les migrants, qui sont contraints d’accepter les travaux les plus dangereux et les plus pénibles, ne bénéficient pas des droits légaux des résidents citadins et sont obligés de vivre dans des endroits ségrégués. Beaucoup d’ouvriers des villes méprisent les migrants, qui sont considérés comme volant les emplois et la cause de la baisse des salaires. En Chine, un parti révolutionnaire d’avant-garde se battrait aujourd’hui pour unifier tous les secteurs de la classe ouvrière en alliance avec les ouvriers agricoles et les pauvres des villes. Une des clés pour une perspective de révolution politique prolétarienne en Chine est la bataille pour que les travailleurs migrants bénéficient des mêmes droits que les résidents locaux, y compris l’accès à la santé, au logement et à l’éducation publique, de même que d’un salaire égal à travail égal. Pour que triomphe la révolution politique, il est vital que la classe ouvrière gagne à sa cause les centaines de millions de paysans.
Un parti d’avant-garde révolutionnaire aurait pour tâche d’unifier dans la lutte tous les secteurs de la classe ouvrière. Et les travailleurs et travailleuses migrants sont un pont idéal entre la classe ouvrière et les paysans. Un tel parti soutiendra la résistance des paysans à la saisie de leurs terres par les bureaucrates locaux pour des développements industriels, d’infrastructures ou commerciaux. Les paysans ne doivent accepter de transférer leurs baux qu’en échange de compensations importantes pour la perte de leur moyen d’existence agricole.
Il est généralement reconnu que l’ère de la « réforme » a vu le développement d’un gouffre séparant la Chine rurale de la Chine urbaine ou séparant les provinces côtières des provinces de l’intérieur. Mais l’écart socio-économique grandissant entre la Chine rurale et la Chine urbaine n’a pas commencé avec les « réformes orientées vers le marché » de Deng. C’était quelque chose qui avait déjà été entamé au cours des dernières années de l’ère Mao. Entre 1952 et 1975, la moyenne de consommation par personne pour la population non agricole a augmenté de 83 % alors qu’elle n’a augmenté que de 41 % dans les campagnes. En 1980 (au début de l’ère de la « réforme »), chaque habitant des villes consommait 60 % de plus de céréales et mangeait deux fois et demie plus de viande que les membres des communes rurales. La différence était encore plus grande pour les biens de consommation manufacturés (les montres, les machines à laver, les radios). Au total, la consommation moyenne dans la Chine urbaine était deux à trois fois plus importante que dans la campagne.
On peut comparer avec l’Union soviétique en 1960-1970. Là, il y avait un rapprochement appréciable entre les niveaux de vie des populations rurales et urbaines. Une grande partie des fermes collectives se transformaient volontairement en fermes d’Etat, dans lesquelles les travailleurs recevaient un salaire uniforme et des avantages qui ne dépendaient pas de la production agricole fluctuante ni du prix auquel le gouvernement l’achetait. Au début des années 1980, les revenus des fermiers en URSS augmentaient à un rythme plus élevé que ceux des ouvriers d’usines et des employés. Ce plus grand degré d’égalitarisme était possible seulement parce que l’Union soviétique avait atteint un degré de productivité bien plus grand que celui de la Chine.
En ce qui concerne la paysannerie chinoise, pour certains aspects, il y a eu une amélioration significative des conditions de vie. La consommation d’électricité dans les régions rurales a été pratiquement multipliée par huit entre 1978 et 1997, la plupart des familles paysannes possèdent des appareils électroménagers. En 1997, les deux tiers des familles rurales avaient une télévision, un moyen élémentaire pour accéder à la vie culturelle moderne.
Toutefois, pour d’autres aspects importants, les conditions de vie des paysans se sont détériorées. Les communes rurales de l’époque de Mao procuraient des soins médicaux de base, une éducation primaire et secondaire, des retraites et d’autres programmes sociaux. De 1980 à 1983, Deng a dissout les communes et les a remplacées par des fermes familiales avec des baux à long terme – le « système de responsabilité familiale ». Les programmes sociaux qui étaient fournis auparavant par les communes devaient être soi-disant pris en charge par les gouvernements locaux. Etant donné l’extrême décentralisation du système financier gouvernemental chinois, les maigres revenus des villages et des petites villes ne pouvaient répondre aux besoins engendrés. Les familles de paysans ont dû payer de leur poche pour les soins médicaux et pour la scolarité de leurs enfants. Les conséquences sociales étaient prévisibles :
« Malgré de louables progrès dans l’accès fourni à l’éducation, des déséquilibres subsistent. Les régions rurales sont très en retard par rapport aux villes, et la population illettrée de la Chine se concentre dans les régions rurales. Il reste de grandes différences dans la qualité de l’éducation, et l’écart dans les possibilités d’éducation s’approfondit au fur et à mesure que l’étudiant prend de l’âge. Des écarts importants subsistent au niveau de la santé des citadins et des campagnards et parmi les habitants de différentes régions. La mortalité infantile et maternelle est deux fois plus importante dans les régions rurales que dans les villes. Tous les indicateurs montrent des écarts très distincts dans la nutrition entre les enfants des campagnes et ceux des villes. »
– China Human Development Report 2005 [Rapport de 2005 sur le développement humain en Chine]
Le régime de Hu Jintao a promis, sous le mot d’ordre « une nouvelle campagne socialiste », d’améliorer les conditions de vie de la paysannerie pour répondre aux « cas massifs de désordre ». La charge fiscale a été réduite, les frais scolaires pour les écoles primaires et secondaires vont être supprimés et le gouvernement central a prévu de dépenser plus d’argent dans les régions rurales pour des programmes sociaux et de faire des investissements dans les infrastructures. Cependant, l’Economist (11 mars) faisait remarquer :
« Ces mesures n’ont pas engendré un changement politique marquant. Les sommes que dépense le gouvernement sur les campagnes ne représenteront encore que 8,9 % du total des dépenses du gouvernement, plus que les 8,8 % de l’année dernière mais moins que les 9,2 % de 2004. L’abolition des taxes agricoles et des autres charges sur les paysans permettra à chaque habitant des campagnes d’économiser en moyenne 156 yuans (19 $) par an – à peu près 4,8 % du revenu net. »
Une réduction réelle de l’écart entre la Chine rurale et la Chine urbaine demandera une redistribution et une nouvelle répartition massives des ressources économiques. L’introduction de la technologie moderne dans la campagne – allant des engrais à tout système d’agriculture scientifique – exigerait une base industrielle qualitativement supérieure à ce qui existe actuellement. D’un autre côté, une augmentation de la productivité agricole augmenterait le besoin d’une importante expansion de l’emploi industriel dans les zones urbaines pour absorber le vaste surplus de main-d’œuvre dont la campagne n’aurait plus besoin. Il est clair que ceci implique un long processus, en particulier étant donné la taille encore limitée de la base industrielle en Chine et le bas degré de sa productivité. Le rythme, et au bout du compte, la faisabilité de cette perspective repose sur l’aide que recevrait la Chine d’un Japon socialiste ou d’une Amérique socialiste, ce qui souligne la nécessité d’une révolution prolétarienne internationale.
Défendre la révolution
Un parti révolutionnaire devra lutter contre la propagande de la bureaucratie sur le fait que la démocratie des soviets est impossible. La question d’une économie centralisée basée sur la démocratie des soviets ouvriers (et paysans) est une question clé en Chine, et il faut gagner la classe ouvrière et la paysannerie chinoises à cette perspective.
Par exemple pour déterminer la fraction des ressources économiques totales qui sera consacrée, disons au système de santé par rapport aux autres besoins tels que l’investissement dans le développement économique et les infrastructures, la défense militaire, l’éducation, les retraites des personnes âgées, etc. Cette répartition des ressources économiques totales entre les différents besoins concurrents devra être débattue et décidée au plus haut niveau d’un gouvernement basé sur des soviets ouvriers (et paysans). La coordination des différentes activités économiques (comme la construction, les équipement médicaux, les logiciels) pour développer un système de santé demandera une administration et une planification centralisées. Un tel système est entièrement compatible avec la participation démocratique active des ouvriers sur les sites de production pour conseiller sur le meilleur usage de la technologie, établir et renforcer les systèmes de sécurité, maintenir la discipline ouvrière, etc.
Il est certain que les travailleurs chinois considéraient l’emploi garanti à vie et les avantages sociaux allant avec (ce qu’on appelait le « bol de riz en fer ») comme l’un des principaux acquis sociaux de la Révolution de 1949. Cependant, un pays aussi pauvre et économiquement arriéré que la Chine ne peut manifestement pas fournir à des centaines de millions de paysans des emplois dans des industries d’Etat, et encore moins des emplois garantis à vie et avec un niveau de salaire et d’avantages sociaux deux ou trois fois plus élevé que le revenu des membres des communes rurales.
Afin de maintenir l’ordre social le régime du PCC a empêché par la force pendant l’ère de Mao les paysans d’émigrer vers les villes pour y chercher du travail. De plus le régime ne fournissait pas non plus d’emplois dans le secteur d’Etat à tous les travailleurs urbains. Pendant la Révolution culturelle, environ 17 millions de jeunes citadins ont été envoyés dans les campagnes à la fin de leurs études, séparés de leur famille et de leurs amis. Dans les dernières années de l’époque de Mao, les communes rurales étaient devenues un énorme réservoir de chômage et de sous-emploi déguisé.
La Révolution culturelle avait en partie pour objectif de réduire les conditions de vie de la classe ouvrière au nom d’un « égalitarisme socialiste » bidon. De plus, l’emploi garanti à vie dans une entreprise donnée n’était pas rationnel d’un point de vue économique, et il freinait de plus en plus la maximisation de la productivité du travail au moyen de nouveaux investissements. Une grande partie de l’infrastructure industrielle de la Chine a été construite pendant le Premier plan quinquennal (le plus réussi) au milieu des années 1950. Cela comprenait la technologie la plus moderne que la Chine pouvait obtenir de l’Union soviétique. Dans les années 1970 beaucoup d’entreprises industrielles étaient devenues technologiquement obsolètes. Pour maximiser la productivité du travail, le niveau d’investissement étant donné, il fallait fermer certaines entreprises et les remplacer par de nouvelles, ou les moderniser avec des technologies plus modernes économisant le travail. Dans tous les cas un grand nombre d’emplois spécifiques existants devaient être éliminés. Un gouvernement vraiment socialiste réemploierait ailleurs les travailleurs devenus surnuméraires, avec des salaires et des avantages sociaux comparables, y compris en finançant leur déménagement et leur formation aux frais de l’Etat. Bien entendu Deng et ses successeurs n’ont rien fait de la sorte. Les travailleurs licenciés des entreprises d’Etat ont été abandonnés à eux-mêmes, et beaucoup d’entre eux ont souffert de vraies privations. Quant au régime de Mao, il a dans les faits gelé les salaires pendant vingt ans avec des ordres bureaucratiques et la répression d’un Etat policier.
Si on veut des niveaux de salaire et d’avantages sociaux uniformes dans les différentes entreprises, industries et les différentes régions – à travail égal, salaire égal – cela demande nécessairement une économie gérée centralement. Seul un tel système est capable de redistribuer les ressources des entreprises, des industries et des provinces les plus productives vers les moins productives.
L’expansion de la base industrielle pour absorber les paysans sans travail pose le problème des entreprises des impérialistes en Chine. En tant que révolutionnaires marxistes, nous ne sommes pas opposés aux relations économiques importantes que la Chine entretient avec le monde capitaliste à travers le commerce et les joint-ventures avec les compagnies occidentales ou japonaises. Un gouvernement basé sur des soviets ouvriers et paysans en Chine, dirigé par un parti léniniste-trotskyste, chercherait à utiliser le marché mondial pour accélérer son développement économique. Mais pour faire cela, il rétablirait le monopole d’Etat sur le commerce extérieur. Et il renégocierait les termes des investissements étrangers dans l’intérêt des ouvriers et de leur Etat.
De façon plus fondamentale, un gouvernement socialiste révolutionnaire en Chine favoriserait activement des révolutions prolétariennes internationalement. C’est pour fournir au prolétariat la direction nécessaire dans ces luttes que la LCI cherche à reforger la Quatrième Internationale de Trotsky – le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/177/chine.html
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